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lundi 16 février 2026

Le monarque au Québec et la biodiversité de Yolaine Rousseau


Le livre «Le monarque au Québec et la biodiversité» (2025) de Yolaine Rousseau est un petit bijou de transmission de connaissances. L'auteur nous raconte tout ce qu'elle a appris au sujet du Papillon monarque, une espèce en voit de disparition, et de son hôte privilégié l'asclépiade. Elle nous décrit le cycle de vie du Papillon monarque dans le détail, puisqu'elle en fait «l'élevage», une façon de s'assurer que le plus grand nombre d'œufs sera productif.



Le cycle de vie s'étend de 28 à 34 jours, après la ponte moyenne de 500 œufs. Une minuscule chenille va bouffer la coquille de l’œuf. Elle poursuivra son développement via plusieurs mues pour atteindre jusqu’à 50 mm. La formation de la chrysalide verte se produira tout en étant ancrée à un bouton de soie. Le papillon monarque se développera dans les 12 jours suivants avant d’émerger de son enveloppe. Il est possible de distinguer le mâle de la femelle par les points noirs qu’il porte sur ses ailes.

Bien qu’il y ait quelques populations résidentes (Floride, Costa Rica, Australie), le papillon monarque est surtout connu pour son comportement migratoire qui lui fait parcourir plus de 4 000 km pour se déplacer du Canada à la forêt d’oyamels (espèce de sapin) au Mexique. Encore plus fascinant, c’est que ce trajet se fait sur plusieurs générations de papillon. En effet, la durée de vie des papillons monarques dits «estivaux» n’est que de 2 à 6 semaines; impossible de faire le trajet en si peu de temps. Voilà pourquoi, dans les conditions propices et au moment opportun, une génération de «migratrices» naîtra, celle-ci pouvant vivre jusqu’à 7 mois.

Cependant, pour que cela se réalise, l’asclépiade doit être présente en abondance dans toute l’Amérique parce que la femelle monarque pond un œuf par plant. Il y a plusieurs espèces d’asclépiades, mais l’asclépiade commune et l’incarnate semblent bien être les préférés des papillons monarques. Il s’agit de très grandes plantes qui font plus d’un mètre et qui sont faciles à faire pousser. L’asclépiade est aussi l’hôte de dizaines d’espèces d’insectes, dont le Longicorne de l’asclépiade, qui vit en harmonie avec la plante. Ce qui n’est pas le cas de tous les insectes qui la fréquentent, certains insectes peuvent la faire mourir.

Yolaine Rousseau nous rappelle aussi à quel point le papillon monarque et l’asclépiade sont d’une importance capitale pour la biodiversité. Tout un écosystème impliquant des oiseaux, des insectes et des plantes est lié au papillon monarque et à l’asclépiade. Ce qui nous amène à la nécessité de la conservation des habitats et à l’intervention citoyenne pour y parvenir. Elle nous invite à planter nous-mêmes de l’asclépiade et à inciter nos municipalités à le faire également. Il est également possible de contribuer au suivi des populations de papillon monarque via le site «Mission monarque». L’ouvrage est agrémenté de dizaine de photos et complété par un glossaire fort pertinent.

vendredi 21 novembre 2025

Verrons-nous des Harfangs des neiges cet hiver?


Je viens de recevoir la plus récente mise à jour du projet SNOWstorm via leur bulletin. Il y est question de l'arrivée des Harfangs des neiges dans les régions du sud. Au Québec, il y a eu une douzaine d'observations de rapportées sur eBird (voir ci-dessous) presque toujours le long du fleuve St-Laurent. Il y a eu un plus grand nombre d'observations en Ontario et dans l'Ouest.

«In With a Bang» par Scott Weidensaul, November 20, 2025

https://www.projectsnowstorm.org/posts/in-with-a-bang/

Harfang des neiges  Photo: Robert Allie

Lors de leur réunion annuelle de planification en août pour l'hiver qui vient, les chercheurs du projet SNOWstorm n'étaient pas très optimistes quant à la reproduction des Harfangs des neiges et, en conséquence, de leur «irruption» éventuelle au sud. Le Grand Nord c'est immense et ils sont contents de s'être trompés puisque les Harfangs des neiges ont commencé à se déplacer vers le sud depuis la fin d'octobre.

Les migrations importantes vers le sud sont presque toujours la conséquence d’une bonne reproduction l’été précédent et d’un afflux de jeunes Harfangs effectuant leur première migration. L'idée (ou l'hypothèse) voulant que «les Harfangs affamés sont forcés de migrer vers le sud» est un mythe, selon les chercheurs. Leurs recherches ont montré à maintes reprises que la plupart de ces Harfangs sont en assez bonne santé, même si, étant juvéniles, tous ne survivront pas et qu’ils peuvent facilement avoir des problèmes avec les humains.

Malheureusement, l'équipe du projet SNOWstorm reçoit déjà des signalements de photographes utilisant de petits rongeurs vivants comme appâts pour attirer les Harfangs et les photographier. Ils nous rappellent que cette pratique met les Harfangs en grave danger, car ils apprennent très vite à associer les humains à la nourriture. Ils risquent donc davantage de se retrouver dans des situations périlleuses, comme voler vers des personnes ou des véhicules. Si vous êtes photographe ou ornithologue amateur, veuillez respecter la nature, gardez vos distances et n'offrez jamais d'appât.

Observations de Harfang des neiges rapportées sur eBird depuis le début de novembre:

Port de Montréal           6 novembre 2025

Tadoussac                    8 novembre 2025

Saint-Roch Ouest       11 novembre 2025

Pointe-des-Monts      13 novembre 2025

Rimouski                   13 novembre 2025

Lac St-Jean               15 novembre 2025

Rimouski                   17 au 20 novembre 2025

Baie-Comeau           18 novembre 2025

L'Isle Verte               20 novembre 2025

Sorel-Tracy              20 novembre 2025


Selon les photographies déposées sur eBird, il semble que la majorité des Harfangs soit probablement des jeunes de l'année.


lundi 3 novembre 2025

Le monde à tire-d’aile: l’odyssée mondiale des oiseaux migrateurs de Scott Weidensaul


L’ouvrage intitulé «Le monde à tire-d’aile: l’odyssée mondiale des oiseaux migrateurs» (2024) de Scott Weidensaul est la version française de «A World on the Wing: The Global Odyssey of Migratory Birds» publiée en mars 2021. Il s’agit d’une exploration du phénomène extraordinaire de la migration aviaire à l'échelle planétaire. C’est un livre de vulgarisation scientifique, finaliste au prix Pulitzer, qui nous fait visiter les différentes routes migratoires qu’empruntent les oiseaux pour nous décrire comment ils y arrivent. Il évoque les obstacles auxquels ils sont confrontés, puis souligne l’importance d’intervenir pour préserver ces merveilles de la nature.

Scott Weidensaul est un ornithologue de renommée internationale qui s'appuie sur plus de trois décennies d'expérience terrain pour nous décrire ce phénomène hors du commun que sont ces voyages migratoires de milliers de kilomètres qu’effectuent les oiseaux pour se reproduire. Pour ma part, j’ai été en contact avec les travaux de Weidensaul dans le cadre du projet «SnowStorm» qui fait le suivi annuel des Harfangs des neiges.

Ce qui est particulier avec cet ouvrage c’est que Weidensaul nous raconte ses voyages de l’intérieur, il nous décrit de belle façon les lieux, les paysages et ses collègues ornithologues. Puis, il en profite pour nous glisser des informations sur la migration des oiseaux. Son récit du quotidien des ornithologues sur le terrain transforme la recherche scientifique en une aventure.

L'ouvrage est construit autour de dix chapitres, encadrés par un prologue et un épilogue dans lesquels il nous raconte une expédition récente de baguage dans le Parc national de Denali en Alaska. J’oserais dire que cinq des chapitres relèvent davantage d'aventures ou d’expériences ornithologiques particulièrement remarquables et que les cinq autres abordent avec plus d’emphase les comportements des oiseaux et des enjeux liés à la migration.

Lors de son passage sur les rives de la mer Jaune en Chine, il a exploré avec ses collègues les grandes vasières pour y observer les échassiers migrateurs, notamment différentes espèces de Spatules. L'auteur y sonne l'alarme concernant la destruction de 60 à 70% des vasières de la mer Jaune par la Chine et la Corée du Sud au profit du développement économique. Les oiseaux migrateurs s’entassent sur des bandes de plus en plus petites et doivent chercher d’autres haltes migratoires.


Weidensaul a accompagné des chercheurs sur les aires d'hivernage de la Paruline de Kirtland aux Bahamas. Le défi était de baguer et d’apposer des émetteurs sur le plus grand nombre de Parulines possible pour ensuite faire le suivi au Michigan, dans le secteur spécifique où elles viennent se reproduire. La Paruline de Kirtland était au bord de l'extinction en 1974 et ce projet illustre comment la recherche et la conservation ciblées peuvent sauver une espèce.

Il a visité Butte Valley en Californie, où, grâce à la rigueur d’un ornithologue de la première heure, la Buse de Swainson bénéficie de quarante ans de suivi et de recherches. Le travail se poursuit puisque de jeunes chercheurs ont repris le flambeau. Encore une fois, avec l’arrivée en scène des émetteurs, les ornithologues ont été en mesure d’identifier l’aire d’hivernage de la Buse de Swainson qui se trouvait au sud de l’Argentine. En allant sur place, ils ont rapidement pris la mesure du problème qui avait entraîné une baisse de la population de ces buses. Il s’agissait de l’usage immodéré de pesticides en agriculture. De longues et ardues négociations au sujet de l’usage des pesticides ont permis de lentement rétablir la population.

Il s’est rendu observer des migrateurs pélagiques, comme les pétrels, les océanites et les albatros dans les Outer Banks de la Caroline du Nord. Il s’agit du point de la côte le plus avancé dans l’océan. Avec les chercheurs, ils ont identifié d’obscures petites îles qui servent d’aires de reproduction à ces oiseaux marins. Tout ce secteur est menacé par les changements climatiques et le rehaussement du niveau de la mer.

Sur l’île de Chypre, il a accompagné des inspecteurs dans la lutte contre la chasse aux oiseaux chanteurs. Il est question ici de plusieurs types de chasse, au fusil, à la colle et au filet. Les oiseaux seront vendus comme repas ou comme oiseaux chanteurs en cage. Interdite depuis quelques années, ces types de chasse existent encore parce qu’elles faisaient partie des traditions locales.


Dans le dixième et dernier chapitre, Weidensaul nous raconte l’expérience hors de l’ordinaire qu’il a vécu au Nagaland en Inde. S’exposant à des conditions de vie minimaliste, son groupe a réussi à être témoin du rassemblement de dizaines de milliers de Faucons de l'Amour. Imaginez-vous des fils remplis de faucons collés l’un sur l’autre. Là aussi du travail de conservation et d’éducation doit être réalisé puisque les faucons constituent une manne alimentaire pour la population locale. Évoquer l’éventuel tourisme «aviaire» des Occidentaux ne règle pas la famine.

Comme je l’ai mentionné, dans les autres chapitres, tout en voyageant à travers la planète, Weidensaul nous éclaire au sujet de différents phénomènes d’adaptations extraordinaires des oiseaux migrateurs. Ainsi, on apprend que les oiseaux peuvent rapidement modifier la taille de leurs organes vitaux pour s'adapter aux différentes étapes de leur voyage. Il donne en exemple les Barges rousses qui entreprennent un voyage aller-retour d’environ 29 000 kilomètres entre l'Alaska et la Nouvelle-Zélande, ce qui inclue parfois un vol ininterrompu d’environ 11 600 kilomètres à la portion d'automne de leur migration. Avant leur départ, ces oiseaux doublent leur poids corporel en seulement deux semaines en accumulant des réserves de graisse. Ils subissent ensuite une atrophie de leurs organes digestifs devenus inutiles, tout en renforçant simultanément leur musculature de vol, leur fonction cardiaque et leur capacité pulmonaire. C’est complètement inimaginable.

Il évoque le phénomène du sommeil en vol qui intriguait les chercheurs. La recherche a permis de découvrir que les oiseaux avaient la capacité de dormir en vol parce qu’il arrive à «éteindre» alternativement les moitiés gauche et droite de leur cerveau. Les frégates, albatros et autres oiseaux pélagiques peuvent ainsi voler pendant des mois sans jamais se poser. Il semble même que leur temps de réaction s'améliore pendant ces «siestes» particulières. Ils demeurent à l’affût même s’ils dorment.

Il est maintenant connu que les oiseaux migrateurs sont sensibles au champ magnétique de la Terre, ce qui les aide à s’orienter lors de leurs longs voyages vers leurs lieux de reproduction et d’hivernage. Mais la recherche n’avait pas encore identifié ce qui serait la clé de cette remarquable sensibilité. Eh bien, l'un des aspects fascinants de ce livre concerne la découverte voulant que les oiseaux utilisent «l'intrication quantique» pour naviguer. Bon, ici, je vais vous envoyer quelques phrases pour tenter une explication claire, mais il faut disposer de bonnes connaissances en physique et en biologie pour comprendre. Alors, lorsqu'un «photon stellaire» frappe une «molécule de cryptochrome» dans l'œil d'un oiseau migrateur, il crée une «paire de radicaux liés quantiquement». C’est cet effet quantique qui rend les oiseaux sensibles au champ magnétique terrestre. Il crée probablement une forme ou une tache visible dans le champ de vision de l'oiseau1. Cette découverte a chamboulé toutes les hypothèses liées à la compréhension de la navigation aviaire2.

Weidensaul souligne également la révolution technologique qui transforme l'ornithologie moderne. Chaque fois il le fait en nous parlant d’une espèce d’oiseau migrateur en particulier. Les gigantesques bases de données comme eBird contenant les observations des ornithologues permettent de cartographier de façon de plus en plus précise les déplacements des oiseaux sur une année. Puis les dispositifs de suivi miniaturisés permettent désormais de suivre même les plus petits oiseaux, comme les parulines et les colibris dans leurs mouvements migratoires. Enfin, les radars Doppler utilisés en météorologie offrent une vision sans précédent de la localisation et des effectifs des oiseaux migrateurs presque en temps réel et au mètre carré près.

De la même façon, il met en évidence les menaces majeures auxquelles font face les oiseaux migrateurs. Ainsi, dans cet ouvrage, il est question de la destruction des habitats, du braconnage illégal, de l’introduction d’espèces envahissantes et nuisibles, puis, l’éléphant dans la pièce, des changements climatiques. Ces derniers créent un déséquilibre dans les cycles migratoires. Dans le Grand Nord, les hivers tardifs, les printemps précoces et les étés de plus en plus chauds affectent particulièrement les migrateurs de longue distance. Les conditions qu’ils trouvent à leur arrivée sur leurs aires de reproduction ne sont pas toujours propices à la nidification. Ce qui peut briser la coordination avec l'éclosion des insectes qui constitue la nourriture essentielle de leurs poussins.

L’auteur termine son ouvrage en lançant un appel à l'action. Comme d’autres il évoque la restauration des habitats fauniques, la création et la protection de corridors écologiques, une implication accrue des communautés autochtones, le développement de la science participative et un renforcement de la coopération internationale. Il compte sur notre émerveillement face aux oiseaux et notre lien émotionnel avec eux pour que des changements s’opèrent.

1-Pour tenter de comprendre, vous pouvez consulter ce document et visionner cette vidéo:

La navigation quantique des oiseaux migrateurs : une boussole biologique décryptée

https://amphisciences.ouest-france.fr/2025/03/la-navigation-quantique-des-oiseaux-migrateurs-une-boussole-biologique-decryptee/

La mécanique quantique peut-elle expliquer comment les oiseaux naviguent ?

https://www.youtube.com/watch?v=abQK_Rs86kk

2-Contrairement à ce qui est mentionné ici, de récentes études suggèrent que les Pigeons perçoivent les champs magnétiques en détectant les courants électriques dans leurs oreilles internes.


mardi 14 octobre 2025

Observation de Grandes noctules en train de chasser des oiseaux


Des chercheurs ont réussi à observer des Grandes noctules en train de chasser des oiseaux lors de leur migration.


Résumé de l'éditeur de Science:

Les chauves-souris ont évolué pour devenir des prédateurs aériens efficaces capables de capturer une grande variété de proies. Bien que la plupart des gens les considèrent comme des insectivores, certaines chauves-souris se nourrissent de mammifères, d'amphibiens et même d'oiseaux. Trois espèces de chauves-souris ont été observées en train de chasser des oiseaux, mais on ignore encore comment et quand elles le font. Les chercheurs ont observé des Grandes noctules (Nyctalus lasiopterus) en vol et ont découvert que certains individus suivaient les oiseaux migrateurs à l'aide de l'écholocation et les capturaient en plein vol. Ces observations suggèrent que ces prédateurs aériens efficaces ont également évolué pour chasser les oiseaux migrateurs. - Sacha Vignieri


Grande noctule chassant un rouge gorge


L. Stidsholt , E. Tena , I. Foskolos et al., «Greater noctule bats prey on and consume passerines in flight» in Science, Vol. 390, No. 6769, pp. 178-181

https://www.science.org/doi/10.1126/science.adr2475

La grande noctule, chauve-souris mangeuse de rouges-gorges par Nathaniel Herzberg, Le Monde, 12 octobre 2025

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/10/12/la-grande-noctule-chauve-souris-mangeuse-de-rouges-gorges_6645958_1650684.html

Les secrets de chasse des chauves-souris européennes par Hannah Docter Loeb,  EuroNews, 13/10/2025 

https://fr.euronews.com/green/2025/10/13/les-secrets-de-chasse-des-chauves-souris-europeennes



mardi 12 août 2025

L’industrie forestière peut détruire des nids d’oiseaux migrateurs même si la loi l’interdit par Alexandre Shields




L’industrie forestière peut détruire des nids d’oiseaux migrateurs même si la loi l’interdit par Alexandre Shields, Le Devoir, 12 août 2025


Des centaines de millions d’oiseaux migrateurs reviennent chaque année se reproduire dans les forêts du Canada et du Québec, où ils sont en théorie protégés par une loi fédérale très stricte qui interdit de leur nuire ou de détruire leurs nids. L’industrie forestière peut pourtant mener des coupes intensives durant cette période critique pour la faune aviaire, et ce, même si la perte d’habitats constitue une menace pour plusieurs espèces.

À l’échelle nord-américaine, les forêts canadiennes sont considérées comme des écosystèmes essentiels pour des centaines d’espèces d’oiseaux, la forêt boréale étant même considérée comme la «pouponnière» de la faune aviaire. Uniquement au Québec, plus de 150 espèces en dépendent pour se nourrir et se reproduire.

Il existe d’ailleurs au pays la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, qui interdit «de nuire aux oiseaux migrateurs et de déranger ou de détruire leurs nids ou leurs œufs, et ce, partout au Canada». 

Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) souligne aussi par courriel qu’en vertu de cette législation, mais aussi du Règlement sur les oiseaux migrateurs de 2022, «les oiseaux migrateurs sont protégés en tout temps et tous les nids d’oiseaux migrateurs sont protégés lorsqu’ils contiennent un oiseau vivant ou un œuf viable». Les «industries» sont obligées de respecter ces réglementations «dans la réalisation de leurs activités», assure le ministère.

À titre d’exemple, Northvolt a dû détruire les zones boisées de son site en période hivernale afin de respecter la réglementation qui interdit les coupes à partir du printemps jusqu’à la fin de l’été. Même chose pour le mégaprojet portuaire de Contrecœur.

En cas d’infraction, les contrevenants s’exposent d’ailleurs à des amendes importantes. Ainsi, en 2021, un résident de Saint-Jérôme a dû payer 60 000$ pour avoir détruit quatre nids d’hirondelles. L’an dernier, deux citoyens ont fait l’objet d’amendes similaires pour avoir enfreint les règles qui protègent les oiseaux migrateurs. Est-ce que l’industrie forestière active ici a déjà été condamnée de la sorte? «ECCC n’a pas imposé des amendes pour des coupes forestières qui contrevenaient à la réglementation en forêt boréale au Québec», précise le ministère par courriel.

Les experts consultés par Le Devoir sont pourtant formels: les coupes industrielles peuvent très clairement enfreindre la réglementation. «Toute entreprise qui récolte du bois pendant la saison de nidification des oiseaux enfreint la loi, car il y a tout lieu de s’attendre à ce qu’elle détruise au moins un nid actif d’une espèce d’oiseau migrateur. C’est la même chose pour les agricultures ou les municipalités qui fauchent un champ lors de la saison de nidification», résume le directeur adjoint pour le Québec et les provinces atlantiques d’Oiseaux Canada, Andrew Coughlan.

«Il est plus que raisonnable de penser que les coupes forestières effectuées entre la mi-mai et la mi-juillet, et même entre la fin avril et la fin août pour certaines espèces, détruisent des sites de nidification d’oiseaux migrateurs, même si ceux-ci sont légalement protégés», ajoute-t-il.

Chercheur spécialiste des oiseaux et professeur invité à l’Université Laval, Junior Tremblay a déjà constaté sur le terrain la destruction, en raison de coupes, de nids qui faisaient partie de travaux scientifiques de suivi des populations. Selon lui, il est indéniable que l’abattage d’arbres détruit des nids, des œufs et des oisillons, même s’il est «difficile» d’estimer les pertes globales à l’échelle canadienne.

Dans une étude réalisée en 2013 et à laquelle M. Tremblay fait référence, la perte annuelle de nids attribuable à la récolte forestière industrielle a été estimée entre 616 000 et 2,1 millions de nids. L’étude en question reconnaissait toutefois que cette évaluation devrait être bonifiée à l’aide de données sur la densité d’oiseaux afin d’avoir un portrait plus précis. ECCC ne nous a pas fourni de données plus récentes, malgré une demande en ce sens.

Manque de moyens

Nature Québec estime pour sa part qu’il est difficile de faire appliquer la législation fédérale en forêt, notamment en raison du manque de moyens à la disposition d’ECCC. «Cela ne peut toutefois justifier l’inaction. Le gouvernement fédéral a un outil puissant entre les mains, il doit se donner les moyens d’appliquer sa propre loi, notamment en investissant dans la surveillance, en outillant les provinces et en envoyant un message clair à l’industrie forestière: la protection des oiseaux migrateurs ne peut être laissée à la bonne volonté», fait valoir sa directrice générale, Alice-Anne Simard.

«Le Canada ne peut pas prétendre vouloir freiner la perte de biodiversité tout en tolérant que des coupes forestières détruisent, année après année, des milliers de nids d’oiseaux migrateurs pourtant protégés par la loi», ajoute-t-elle. Selon un rapport publié l’an dernier par Oiseaux Canada et ECCC, des dizaines d’espèces d’oiseaux subissent un déclin «alarmant» de leurs populations, notamment en raison de la destruction de leurs habitats.

Du côté de l’industrie, on dit toutefois respecter la réglementation et faire des efforts pour la protection de la faune aviaire. «Les industriels forestiers sont tenus d’être à l’affut, d’identifier et de protéger les nids actifs, lorsqu’ils en voient un», résume la vice-présidente des communications et des affaires publiques du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Véronique Normandin.

«Au Québec, plus de 90% du territoire public sous aménagement est certifié par un tiers indépendant. Ces certifications ont, d’une part, des exigences relatives au respect des lois, règlements et conventions en vigueur. D’autre part, elles [prennent en considération] les enjeux de conservation et de maintien de la biodiversité pour lesquels les organisations certifiées doivent démontrer les actions prises en ce sens», explique-t-elle. Cela comprend des mesures particulières pour les oiseaux.

Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs (L.C. 1994, ch. 22)

https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/m-7.01/





Estimation de la perte de nids attribuable aux activités forestières industrielles au Canada

https://www.ace-eco.org/vol8/iss2/art5/

mercredi 18 juin 2025

L'intelligence des oiseaux - Entre stratégie collective et génie individuel de Valéry Schollaert


Un autre bouquin s'est récemment ajouté au thème des capacités cognitives des oiseaux: «L'intelligence des oiseaux - Entre stratégie collective et génie individuel» (2024) de Valéry Schollaert. Ce dernier est un ornithologue expérimenté et reconnu qui a parcouru le monde pour observer et étudier les oiseaux. Il a également développé une formation en ligne en ornithologie.


Ce livre aborde la question de «l'intelligence des oiseaux» différemment des autres que j'ai pu lire sur le sujet. En fait, il est davantage question des comportements habituels des oiseaux qui, selon Schollaert, témoignent justement de leur «intelligence» et ce, tant au niveau collectif qu'individuel. C'est justement ainsi que l'auteur a structuré son livre en nous présentant d'abord des «comportements individuels» faisant preuve d'une intelligence particulière, puis des «comportements collectifs» qui exposent le génie des oiseaux. Il termine en nous proposant un tour d'horizon des «comportements intelligents» spécifiques à différentes espèces ou familles d'oiseaux essentiellement européen.

L'auteur nous décrit des comportements «intelligents» en matière de stratégies d'alimentation, comme ces oiseaux qui utilisent un morceau de pain comme appât pour pêcher. Il nous présente également le cas des corneilles qui utilisent la circulation automobile pour briser des noix, un comportement qui démontre une certaine compréhension de la causalité. Des exemples qui illustrent comment les oiseaux peuvent adapter leurs comportements pour accéder à de la nourriture en faisant preuve d'innovation. Ici, on pourra se référer à l'ouvrage de Louis Lefebvre «Tête de linotte - innovation et intelligence chez les oiseaux» (2023), qui analyse l'aspect de l'alimentation en profondeur et sur une longue période. On notera que Valéry Schollaert n'indique pratiquement aucune référence dans son livre.

Il aborde par la suite la migration comme un comportement qui démontre «l'intelligence collective» des oiseaux. En effet, les oiseaux migrateurs parcourent de grandes distances et plusieurs espèces le font en formation, souvent en V, ce qui leur permet d'économiser de l'énergie. Les oiseaux vont également adapter leur itinéraire en fonction de certains signaux météo. Ces façons de faire supposent une certaine coopération et une sorte  partage des responsabilités, ce qui témoigne d'une forme «d'intelligence collective». Pour en apprendre plus, je vous suggère l'ouvrage «Migration - Pourquoi et comment migrent les oiseaux» (2021) de Marc Duquet.

Schollaert poursuit en nous décrivant des comportements liés à la reproduction, notamment ce qu’il est convenu d'appeler les parades nuptiales précédant la formation des couples chez plusieurs espèces d'oiseaux. Ces parades sont très variées, elles peuvent se manifester de façon sonore et/ou visuelle.  On verra des espèces procéder à des voltiges incroyables, d'autres s'exprimeront par des danses curieuses exposant leurs habiletés et leur plumage. Ces chants et mouvements remplissent différentes fonctions, dont s'assurer que l'accouplement se fait entre individus de la même espèce. Ils pourront également stimuler et synchroniser le comportement reproducteur des partenaires.

À cela s'ajoutent d'autres formes de communication liées aux vocalisations des oiseaux. Elles se divisent en deux grandes catégories : les chants, généralement plus élaborés et mélodieux, et les cris, souvent plus courts et plus simples. Comme nous venons de le mentionner, les chants jouent un rôle important dans la reproduction, mais ce sera également le cas pour la défense du territoire.  Les cris, pour leur part, vont plutôt servir d'alertes et les différentes modulations de ce cri peuvent même préciser la nature de la menace.

L'auteur nous glisse aussi quelques exemples de construction de nids qui relève d'une architecture remarquable, ce qui, pour Schollaert démontre «l'intelligence des oiseaux». Il ajoute que certaines espèces adaptent leurs techniques aux matériaux disponibles et aux contraintes environnementales dans la construction de leurs nids. Ce qui m'amène à soulever ma principale réserve à l'égard de son approche. Ce que font aujourd'hui les oiseaux en matière de stratégies d'alimentation, de reproduction, de communication, de déplacement migratoire, ne relève-t-il pas davantage de l'adaptation, de la sélection naturelle qui s'en suit et donc de l'évolution des espèces plutôt que de «l'intelligence».

Je ne m'attarderai pas à son tour d'horizon des comportements de nature intelligente des espèces d'oiseaux européens, sauf pour souligner que l'auteur reprend ce que l'on souligne généralement au sujet des corvidés. Les Corbeaux et les Corneilles sont présentés comme étant parmi les oiseaux les plus  «intelligents». Il revient sur leur capacité à utiliser et à fabriquer des outils.  Il sera question du fameux Corbeau calédonien qui est capable de compléter une série d'étapes et d'utiliser différents outils pour parvenir à obtenir la nourriture qui l'attend au bout du trajet. On nous rappellera que la  création d'outils par cette espèce d'oiseau a été observée en milieu naturel et pas seulement en laboratoire.

L'ouvrage «L'intelligence des oiseaux» de Valéry Schollaert nous offre un survol des capacités cognitives des oiseux en les mettant en évidence via leurs comportements. Vous pouvez également lire la page Wikipedia portant sur l'intelligence des oiseaux pour obtenir un bref survol:

  https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_des_oiseaux 

Toutefois, je crois que les livres de Jennifer Ackerman, «Le Génie des oiseaux» (2017) et «La voie des oiseaux» (2020),  vous en apprendrons davantage, tout en vous donnant les clés pour aller encore plus loin si vous le souhaiter.


jeudi 28 novembre 2024

L'odyssée mondiale des oiseaux migrateurs de Scott Weidensaul


Je souhaitais signaler la récente traduction et parution du livre «A World on the Wing: The Global Odyssey of Migratory Birds» de Scott Weidensaul sous le titre «Le Monde à tire-d'aile : l'odyssée mondiale des oiseaux migrateurs». Scott est un ornithologue chevronné, un naturaliste, journaliste et auteur prolifique. Il est impliqué dans plusieurs projets de recherche sur la faune aviaire. Il est un des membres fondateurs du projet SnowStorm qui étudie les Harfangs des neiges.


Weidensaul, Scott, «Le Monde à tire-d'aile : l'odyssée mondiale des oiseaux migrateurs», Actes Sud, Nature Mondes sauvages, octobre 2024, 496 pages, traduction: Anne Steiger, ISBN 978-2-330-19769-8



Voici le résumé de la quatrième de couverture de ce livre:

Ne pas dormir pendant des semaines, courir 126 marathons consécutifs sans boire ni manger, utiliser la physique quantique pour s'orienter de nuit dans le brouillard... En ce début de XXIe siècle, les avancées technologiques ont permis de révolutionner notre compréhension de la migration des oiseaux. Chaque nouvelle découverte dépasse l'imagination la plus folle. Et ce sont des oiseaux de quelques grammes qui réalisent les performances les plus incroyables. Observant les oiseaux depuis l'enfance, le journaliste et écrivain Scott Weidensaul a fait le tour du monde pour rencontrer des scientifiques qui lui expliquent, sur le terrain, les coulisses de ces exploits quotidiens. Son récit immersif et extrêmement vivant nous propose de vivre ces migrations de l'intérieur et d'être, enfin, oiseaux parmi les oiseaux. Par ailleurs, il n'oublie pas d'alerter sur l'impact des changements climatiques sur les itinéraires et les performances de ces athlètes ailés. Combien de temps les oiseaux continueront-ils de voyager ?


Une vidéo de Scott Weidensaul pour promouvoir ce livre

https://youtu.be/eTGn4VsM7xM


Le site web de Scott Weidensaul

http://www.scottweidensaul.com/


vendredi 22 mars 2024

Un rapport sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage


Il s'agit d'un rapport pour alimenter la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage.

Ce tout premier rapport sur l'état des espèces migratrices dans le monde a été publié dans le cadre de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), un traité des Nations Unies sur la biodiversité.

Ce rapport a été réalisé par des scientifiques en conservation du Centre mondial de surveillance de la conservation du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE-WCMC), le rapport utilise les données sur les espèces les plus robustes au monde et bénéficie de la contribution des experts d'institutions telles que BirdLife International, l'International Union pour la conservation de la nature (UICN) et Zoological Society of London (ZSL).

Le rapport se concentre principalement sur les 1 189 espèces animales qui ont été reconnues par les Parties à la CMS comme ayant besoin d’une protection internationale et qui sont répertoriées sous la CMS, bien qu’il présente également des analyses liées à plus de 3 000 autres espèces migratrices.




Le rapport a également révélé que 399 espèces migratrices, principalement des oiseaux et des poissons, sont classées comme menacées ou quasi menacées mais ne sont pas encore inscrites sur la liste de la CMS.

State of the World's Migratory Species Report / février 2024 (disponible en français)



lundi 18 décembre 2023

L'Énigme de l’anguille et autres bizarreries animales» de Lucy Cooke


Le livre «L’énigme de l’anguille et autres bizarreries animales» (2017 / 2021) de Lucy Cooke est en quelque sorte un récit de l’histoire naturelle du monde qui utilise quelques animaux particuliers pour amener le sujet. Ce qu’on y apprend sur ces animaux est fascinant, étonnant et drôle. Certains des phénomènes curieux présentés sont très connus d’autres moins.

Cooke présente treize espèces en autant de chapitres de vingt à trente pages chacun. Voici la liste de son bestiaire : l’anguille, le castor, le paresseux, la hyène, le vautour, la chauve-souris, la grenouille, la cigogne, l’hippopotame, l’orignal, le panda, le manchot et le chimpanzé. L’énigme de l’anguille relève de la méconnaissance de sa méthode de reproduction et de l’endroit où elle se reproduit. Dans le cas du castor, il est bien sûr question de ses capacités de construction. À une certaine époque, un auteur avait établi qu’il y avait une hiérarchie chez les castors, les ouvriers, les maçons, les contremaîtres, les architectes… On y apprend qu’un simple son de ruisseau émis par un haut-parleur va inciter le castor à empiler des branches prés de la source du son, c’est inné! Quant au paresseux, il est vraiment lent, son processus de digestion et tout son métabolisme sont très lent. Malgré sa fourrure il n’a pas chaud parce qu’il peut justement réduire sa température. En prime, il y a une micro «faune» qui vit dans sa fourrure.

Pour la hyène aussi la méthode de reproduction soulève la curiosité et des interrogations. La femelle étant pourvue d’un «pseudo-pénis», il y a eu de la confusion chez les naturalistes. D’autant que la meute fonctionne en matriarcat, c’est une femelle dominante qui dirige la troupe. Pour le vautour, Cooke reprend la controverse autour de l’odorat de ce rapace qui dura plus de cent ans. Fait bizarre, on a voulu faire des vautours des chercheurs de cadavre dans le cadre d’enquêtes criminelles, ça n’a pas fonctionné. Bien sûr les chauves-souris mènent tout droit à des histoires de Dracula, par contre la question de la découverte de l’écholocalisation a fait l’objet de beaucoup de recherche avant d’être confirmée. La grenouille géante que cherche Cooke se trouve au lac Titicaca et Cousteau aurait été un des premiers à l’observer. Finalement, ils n’étaient pas si gros que cela soit les grenouilles en question. Par contre, dans ce chapitre il est aussi question du crapaud le Xénope du Cap (Xenopus laevis), originaire d’Afrique du Sud qui dans les années 1940 à 1950 servait pour les tests de grossesse! Aujourd’hui ce crapaud se retrouve presque partout sur la planète et il est considéré comme une espèce envahissante nuisible qui a contribué à faire disparaître des dizaines d’espèces d’amphibiens dans le monde.

Migration de la Cigogne à flèche

Je vais arrêter ici mon énumération pour ne pas dévoiler toutes les histoires racontées par Cooke. Il est certain que vous serez surpris et étonné en lisant ce livre. C’est un bouquin qui peut se lire par étapes, un chapitre à la fois dans l’ordre ou le désordre, vous serez toujours renversé par l’incrédulité des humains.

mardi 21 novembre 2023

Haltes migratoires de passereaux en milieu urbain


Je suis tombé sur un article du New York Times qui affichait un titre du genre «Pourquoi les parulines fréquentent-elles davantage les quartiers riches?», c'est un bon titre pour accrocher le lecteur. En même temps, on comprend vite que c'est plus une question d'habitat propice qu'une question de classe sociale! En effet, le lien entre les quartiers mieux nantis et la présence d'arbres de toutes sortes est plutôt évident. Dans le même esprit, la probabilité d'observer des oiseaux dans un jardin botanique est plus grande que sur la rue principale d'une ville. Ici, dans le contexte de cet article,  il est possible de traduire «warblers» par passereaux plutôt que parulines.


Grive à dos olive (Photo: Robert Allie)

J'ai déniché un autre article, ou plutôt un reportage sur le site de la BBC qui abordait plus ou moins le même sujet. Dans ce reportage, on aborde la question à l'aide des travaux de recherche d'Ana Morales qui travaille maintenant à Environnement et Changement climatique Canada. Il y est plus spécifiquement question de la Grive à dos olive qui semble prendre son temps pour migrer et qui profite des baies encore présentes en milieu urbain plus ou moins boisé. En fait, la Grive à dos olive doit faire une pause dans sa migration pour terminer sa mue et prendre de l'énergie. Voilà pourquoi elle pourrait être observée tardivement en automne dans ces boisés urbains ou périurbains. Dans une autre étude plus récente, Morales et ses collègues en arrivent aux mêmes conclusions au sujet de la Paruline obscure qui s'arrêtes dans des «haltes forestières» pour muer avant de poursuivre la migration. Ces comportements démontrent bien la nécessité de protéger les grands parcs urbains boisés et d'y maintenir un couvert forestier. Un bel exemple de ce genre d'environnement, c'est le Parc de la Frayère et l'Arboretum Stephen-Langevin à Boucherville.


«Why Warblers Flock to Wealthier Neighborhoods»

https://www.nytimes.com/2023/11/21/science/birds-cities-redlining.html

«The strange reason migrating birds are flocking to cities» by Chris Baraniuk

https://www.bbc.com/future/article/20220217-the-strange-reason-migrating-birds-are-flocking-to-cities


Vanessa Poirier, Barbara Frei, Mathilde Lefvert, Ana Morales, and Kyle Hamish Elliott, 2023, «Moult migrant Tennessee Warblers undergo extensive stopover in peri-urban forests of southern Quebec» in Canadian Journal of Zoology, 19 October 2023

https://cdnsciencepub.com/doi/10.1139/cjz-2023-0109



lundi 13 novembre 2023

L'impact des infections parasitaires sur la migration des animaux


On ne peut s'empêcher de penser à la grippe aviaire en lisant ce résumé des recherches des deux biologistes.

«Les mammifères et les oiseaux sont surreprésentés dans les études en comparaison des poissons, des reptiles et des insectes – qui sont beaucoup plus nombreux à migrer et dont on a peu étudié les comportements migratoires, exception faite des papillons monarques.» - Sandra Binning.


https://nouvelles.umontreal.ca/article/2023/11/10/quelles-dynamiques-agissent-dans-les-migrations-animales-et-les-infections-parasitaires/



L'article scientifique original qu'elles ont publié :


Allison K. Shaw, Marie Levet, Sandra A. Binning, A unified evolutionary framework for understanding parasite infection and host migratory , Ecology Letters, Tome 26 , Numéro 11, novembre 2023, Pages 1987-2002



mardi 7 novembre 2023

Les six grands trajets migratoires des oiseaux marins du monde


 «Depuis plus de quatre décennies, les mouvements des oiseaux marins sont suivis à l’aide de minuscules appareils électroniques. Beaucoup de ces ensembles de données sont hébergés sur la base de données de suivi des oiseaux marins, avec au moins 30 millions d'emplacements enregistrés pour 160 espèces d'oiseaux marins et les contributions de plus de 275 chercheurs sur les oiseaux marins.» - BirdLife International


Trajet migratoire de l'Atlantique


Pour voir les cartes des trajets migratoires selon les zones océaniques, c'est par ici:



jeudi 29 juin 2023

Migrations - Pourquoi et comment migrent les oiseaux de Marc Duquet

 

L'ouvrage «Migrations - Pourquoi et comment migrent les oiseaux» (2021) de Marc Duquet fait certainement partie de la catégorie des beaux livres.  Nous sommes en présence d’une couverture rigide en format carré de 10” par 10” avec plusieurs excellentes photos en double page. En fait, il y a des photos d'oiseaux à presque toutes les pages, soit plus de 200 photos.  Chacune de ces photos dispose d’une légende explicative des plus pertinentes en rapport avec la présentation de l’auteur.  On y retrouve également une vingtaine de cartes visant à illustrer les différents parcours migratoires d'Amérique, d'Europe et d'Asie. Voilà pour ce qui est du contenant.

L’ensemble du texte contenu dans le livre se divise en deux sections comportant onze chapitres chacune. La première section intitulée «Le phénomène migratoire» débute avec un peu d'histoire. L'auteur nous rappelle les croyances des premiers observateurs d'oiseaux, à l’époque on cherchait à comprendre où disparaissait les oiseaux l'hiver. Ainsi on croyait entre autres que les hirondelles se cachaient dans la boue des étangs. On pensait que certains oiseaux entraient dans une sorte d'hibernation ou de léthargie. On allait jusqu'à penser que certaines espèces se transformaient en une autre l'hiver venu. Puis avec des observations, il était plus ou moins admis que certaines espèces se déplaçaient vers des cieux plus cléments. 

Fait intéressant, pour certaines personnes, les migrations aidaient à gérer les activités de saison en saison, comme une sorte de calendrier saisonnier. Le temps de semer arrivait lors du passage de la Grue, c’était le moment de tondre les brebis lors du passage des Milans. C'est vers la fin du 16e siècle que les «ornithologues» ont davantage mis l'accent sur les déplacements migratoires plutôt que sur l'hibernation. En voyageant eux-mêmes, il constatait la présence des oiseaux dans les pays plus chauds (les explorateurs ont également pu les informer). Puis on commence à colliger les dates d'arrivée et de départ des oiseaux et on les compare avec les informations sur la température. Le 19e siècle verra la théorie de l'hibernation au fond de l'étang s'éteindre tranquillement.

L'étude des migrations est passée des observations visuelles des déplacements à l'utilisation de ficelles de coton ou d'aluminium à la patte au baguage au début du 20e siècle. Les stations de baguages se multiplient, les bagues de couleur, les colliers en plastique et autres marquages individuels apparaissent graduellement. Au début des années 70, les émetteurs radio commencent à être utilisés, ces géolocalisateurs se miniaturisent rapidement et peuvent être utilisés sur des oiseaux de plus en plus petits.

Les grand axes migratoires
On déterminera graduellement les aires de nidifications au nord et les zones d'hivernages au sud. Ces déplacements impliquent deux voyages saisonniers par année pour les oiseaux. On compte huit grandes routes migratoires dans le monde, dont trois, en Amérique. Il y a celle du Pacifique (à l'Ouest), celle du Mississippi (au centre) et celle de l'Atlantique Ouest (à l'Est). On apprend que la migration évolue en fonction du climat global, de l’état des habitats et des succès de la reproduction. Cette évolution sera différente d'une espèce à l'autre, on verra par exemple des espèces devenir migratrices et sédentaires à la fois, comme le Roselin familier et les Étourneaux sansonnets. D'autres espèces deviennent sédentaires comme la Cigogne blanche et l'Hirondelle rustique en Europe.

Les 3 axes en Amérique

Les trajets migratoires aussi se modifient au gré des obstacles et des dangers qui sont nombreux. Il y a bien sûr les obstacles naturels tels que les montagnes, les déserts, les grandes étendues d’eau. Il leur faudra trouver des vallées, des cols, des détroits, des isthmes, ces bandes de terre étroites, etc. Des éléments naturels qui créent des «passages obligés» tels des goulots d'étranglement qui voit passer des milliers d'oiseaux. Gibraltar en étant un bel exemple puisqu'il voit passer plus de 200 000 Milans noirs chaque année. En Amérique, la région de Veracruz va voir passer plus de 5 millions de rapaces à l'automne. Panama est un autre passage dans cet axe. La Floride est aussi un passage obligé pour d'autres espèces qui fréquentent plus la côte est.

Les oiseaux, en plus de rencontrer différents obstacles plus ou moins naturels, font aussi face à de nombreux dangers comme la destruction de leurs habitants, les maladies aviaires, les prédateurs comme les rapaces et les chats domestiques, les changements climatiques qui accentuent les phénomènes naturels (ouragans, feux, sécheresse, etc.), la chasse récréative, le piégeage, le «marché des oiseaux» et tout ce que l'auteur qualifie de «structures verticales» soient l’ensemble de nos constructions qui nuisent aux oiseaux; les pylônes électriques, les éoliennes, les gratte-ciel, les tours de communication, etc.


Dans le Grand Nord, la période propice à la reproduction ne dure que quelques semaines ainsi dès le mois d'août, plusieurs espèces débutent le voyage du retour ou sont déjà parties. C’est à ce moment que les haltes migratoires vont devenir importantes parce que les oiseaux sont peu nombreux à faire le trajet d'une seule traite. Le recours aux haltes pourra se faire sur de courte distance, de moyenne ou encore de très longue. On apprend toutefois qu’au sein d'une même espèce, il peut y avoir des stratégies différentes de fréquentation des haltes migratoires en cours de route. Les oiseaux vont privilégier la recherche de zone où l'eau, la nourriture et les abris seront disponibles. Il s’agit généralement de zones humides qui sont déjà répertoriées par les ornithologues. Au fil des ans, certains endroits disparaissent ou ne sont plus fréquentés alors que de nouveau sont découverts.

Les haltes migratoires

La deuxième section du livre, intitulée «Stratégies migratoires», nous présente différentes caractéristiques associées aux façons de faire des différentes espèces d'oiseaux. Tout d'abord, les oiseaux doivent d’abord procéder à une accumulation de graisse qui représente de façon générale 50% de leur poids. Par la suite, ils doivent choisir le bon moment pour quitter afin de ne pas se faire prendre par la température changeante. À cet égard, la photopériode est le déclencheur généralement reconnu, c'est-à-dire la longueur du jour.  Puis, certaines espèces vont choisir la migration par vague par exemple les mâles en premier, les femelles par la suite puis les juvéniles, d'autres espèces vont le faire dans l'ordre inverse. Le calendrier migratoire de chaque espèce peut être différent et est associé entre autres à la biologie de reproduction (choix du partenaire, construction du nid, temps de couvaison, temps d'élevage des petits pour le premier vol). 

Une fois le voyage entrepris, il faut savoir s'orienter. Il y a différentes méthodes de navigation chez les oiseaux que l’auteur nous présente comme la «boussole céleste» c'est-à-dire l'usage du soleil, de la lune et des étoiles puis la «boussole magnétique» associée au champ magnétique terrestre. Cette dernière méthode serait innée alors que la boussole céleste nécessite un apprentissage tout comme la mémoire visuelle lors du premier voyage qui permettra la création d'une carte mentale. Cette carte, avec les années d’expérience, permet également d'apprendre des trajets alternatifs. D'ailleurs, des chercheurs ont réussi à apprendre un trajet plus sécuritaire à des oies en utilisant un deltaplane motorisé, une expérience bien connue.

Un autre aspect important des stratégies de vol, c'est le vent. Les oiseaux préfèrent un vent en provenance de l'arrière. D'autre part, on verra plus souvent les passereaux migrer la nuit parce que les vents sont généralement en moins forts et moins dangereux. D’autres espèces vont préférer le jour notamment pour se nourrir en déplacement. On apprend aussi que les oiseaux voleront plus ou moins haut selon le vent, les nuages et la température. Bien évidemment, les oiseaux planeurs vont faire des choix différents que ceux qui battent des ailes régulièrement  pour se déplacer. On admet généralement que la vitesse de croisière moyenne des oiseaux est de 40 à 50 km/h. Par contre, le Bécasseau maubèche est réputé atteindre une vitesse moyenne de 70 km/h.  Des espèces vont choisir de voyager seules alors que d’autres le feront en groupe. Nous savons que migrer en groupe est plus sécuritaire et permet d'économiser de l'énergie.

Outre les tendances générales des grands axes migratoires, on verra des oiseaux faire des trajets plus ou moins longs, on aura aussi des «migrateurs partiels» qui ne se déplacent que sur de courte distance. Il y aura aussi des oiseaux nomades qui se déplacent selon les conditions météorologiques. Duquet nous fait part de différents types de migrations établies, il nous parle de la migration en chaîne, de la migration à saute-mouton, de la migration en boucle, de la migration télescopique, de la migration différentielle en fonction du sexe de l'âge et il ajoute même la migration rampante c'est-à-dire des espèces d'oiseaux qui vont franchir tout de même une bonne distance au sol en marchant ou en faisant de très courte distance d'un bosquet à un autre.

Types de migration

L'auteur nous fait également par d’autres déplacements comme ce qu'il appelle la migration de mue. Il donne en exemple le Tadorne de melon qui est reconnu pour se regrouper pour la mue. En Amérique, il note le Grèbe à cou noir qui se regroupe au lac Mono en Californie. Il est aussi question de la migration de fuite, il s’agit des situations ou les oiseaux vont «fuire» le froid, les tempêtes ou autre. Ce sont ces situations qui souvent font en sorte que certaines espèces apparaissent alors en nombre inhabituel dans des lieux habituellement moins fréquentés. Il ajoute également à ces déplacements atypiques ce que nous connaissons comme étant des irruptions ou des invasions, c’est-à-dire des apparitions d'oiseaux pas vraiment structurées  chronologiquement ou géographiquement, généralement non prévisibles et qui sont surtout le fait des granivores par exemple les Jaseurs, les Tarins des pins, les Sizerins flammés, etc. Par contre, on connaît des situations ou les invasions sont liées à la présence plus ou moins nombreuse des proies comme dans le cas du Harfang des neiges et celles-ci sont un peu plus prévisibles. Finalement, il y a aussi les erreurs de parcours de certains oiseaux qui vont dépasser leur aire de nidification sous l'effet d'un bon vent arrière et les chutes de migrateurs souvent dus à la météo, la migration inversée de jeunes oiseaux, etc.  Il termine le livre avec des portraits de grands migrateurs comme la Sterne arctique avec ses records de 80 000 km puis nous présente quelques autres espèces qui franchissent aussi des dizaines de milliers de kilomètres de façon originale chaque année.

En somme, je ne pense que du bien de ce livre. L’auteur a su trouver le ton juste pour ne pas être trop académique tout en nous livrant une mine d’information. C’est le signe d’un bon vulgarisateur. Ses commentaires sont bien documentés, le phénomène migratoire est bien décortiqué, de nombreux exemples nous sont présentés. Ainsi, l'auteur nous explique une caractéristique de la migration puis nous présente une espèce d'oiseau qui y correspond avec photos et cartes à l’appui.

C'est bien écrit, c’est accessible et on s'emballe en le lisant tellement c'est fascinant. Il est difficile de s'arrêter, on s'étonne de tous ces mouvements des oiseaux.  Cet ouvrage est excellent autant pour les débutants qui vont en apprendre beaucoup que pour les experts pour qui il s'agira probablement d'une révision ou d'une mise à jour, mais probablement avec un nouveau vocabulaire francophone. Je vous le recommande ardemment malgré son prix de 60$. Vous pouvez inviter votre bibliothèque locale à se le procurer.

L'auteur Marc Duquet a rédigé plus d'une dizaine d'ouvrages ornithologiques, seuls ou en collaboration et il en a traduit également quelques-uns de l'anglais au français. Duquet mentionne que cet ouvrage s'inscrit en quelque sorte dans une suite. En fait, il considère que les éléments qui caractérisent le plus les oiseaux sont le vol, leurs comportements de reproduction et leur migration saisonnière ainsi cet ouvrage viendrait compléter ses livres «Des plumes et des ailes» portant sur le vol et «Sexe et séduction chez les oiseaux» concernant la reproduction.

mardi 16 mai 2023

Des éoliennes en pause pour laisser passer les oiseaux migrateurs


Agence France-Presse - Publié le 15 mai 2023

Des éoliennes en mer du Nord ont été le weekend dernier mises à l'arrêt durant quelques heures afin de garantir un passage sûr à des oiseaux migrateurs, ont annoncé lundi les Pays-Bas se targuant d'une première mondiale.

Les pales d'éoliennes situées au large des villages de Borssele (ouest) et d'Egmond aan Zee (nord) ont presque cessé de tourner quatre heures samedi alors qu'une «migration massive d'oiseaux» était attendue, a précisé le gouvernement néerlandais.

Ce premier arrêt fait partie de la phase pilote d'une mesure qui doit être mise en œuvre régulièrement à partir de l'automne.

«Il s'agit d'une première mondiale», s'est félicité le ministre néerlandais de l'Énergie Rob Jetten.

«Nulle part au monde les parcs éoliens en mer ne sont arrêtés pour protéger les oiseaux lors de migrations massives», a-t-il poursuivi, cité dans un communiqué.

Les propriétaires de parcs éoliens devront réduire la vitesse des éoliennes à un maximum de deux rotations par minute pendant lors des pics nocturnes prévus, a précisé le gouvernement.

À cette vitesse «très lente», «pour nous et les oiseaux, c'est presque comme s'ils étaient complètement à l'arrêt», a souligné à l'AFP Pieter ten Bruggencate, porte-parole du ministère des Affaires économiques et du Climat.

Des experts parviennent à prédire la migration des oiseaux deux jours à l'avance, qui donne selon le gouvernement le temps au gestionnaire de réseau TenneT «de garantir la stabilité du réseau à haute tension».

Les parcs éoliens en construction et les futurs parcs éoliens devront respecter la mesure, dont l'efficacité sera revue en permanence, selon l'exécutif.

«Deux fois par an, au printemps et en automne, des millions d'oiseaux traversent la mer du Nord certaines nuits», a indiqué Tim van Oijen de l'organisation de protection des oiseaux «Vogelbescherming Nederland», cité dans le communiqué.

Notant la croissance du nombre de parcs éoliens en mer du Nord, il souligne qu'il est «extrêmement important que nous le fassions de la manière la plus écologiquement responsable possible».


Communiqué de Vogelbescherming Nederland

https://www.vogelbescherming.nl/actueel/bericht/windparken-op-zee-voor-het-eerst-stilgezet-vanwege-trekvogels


jeudi 4 mai 2023

Une méta-analyse mondiale portant sur l'effet des changements climatiques sur la reproduction aviaire


Une récente méta-analyse mondiale portant sur l'effet des changements climatiques sur la reproduction aviaire laisse entrevoir que de nombreuses espèces d'oiseaux ont moins de poussins à mesure que les températures mondiales augmentent, et les espèces migratrices de plus grande taille sont particulièrement touchées.


Voici deux articles qui résument l'étude:

Alexandre Millon, «Evolution de la productivité des oiseaux et effets du changement climatique», CNRS 03 mai 2023

https://www.inee.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/evolution-de-la-productivite-des-oiseaux-et-effets-du-changement-climatique


Chelsea Harvey, May 2 2023, «Many Bird Species Are Having Fewer Chicks as the World Warms», E&E News / Scientific American Newsletter

https://www.scientificamerican.com/article/many-bird-species-are-having-fewer-chicks-as-the-world-warms/


L'étude en question:

Lucyna Halupka, Debora Arlt , Jere Tolvanen, Konrad Halupka and 100 others, «The effect of climate change on avian offspring production: A global meta-analysis», May 1, 2023, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), Vol.120 No.19, Edited by Nils Stenseth, University of Oslo, Oslo, Norway; received September 9, 2022; accepted March 22, 2023

https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2208389120