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mardi 1 avril 2025

Quelques études scientifiques récentes portant sur les oiseaux


Les poubelles permettent de dater les nids d'oiseaux

Des chercheurs ont découvert un nid d'oiseaux constitué de couches de plastique datant d'il y a 30 ans. Le nid de Foulque macroule (Fulica atra) a été prélevé dans un canal d'Amsterdam. Les couches extérieures contenaient une douzaine de masques faciaux datant de la pandémie et la base contenait un emballage de barre Mars faisant la promotion de la Coupe du monde de football de 1994. Habituellement, les foulques construisent un nouveau nid chaque année, mais dans les villes, « la réutilisation des fondations des anciens nids en plastique peut permettre de gagner du temps, en donnant à ces oiseaux plus d'occasions de chercher de la nourriture ou de défendre leur territoire », suggère le biologiste Auke-Florian Hiemstra, qui a dirigé les travaux. «Mais tous ces masques dans leurs nids - notre couche pandémique - sont un piège dangereux pour les foulques, avec leurs pieds trapus qui ressemblent à ceux des dinosaures».

L'étude originale: 

Birds documenting the Anthropocene: Stratigraphy of plastic in urban bird nests

https://esajournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/ecy.70010


Sur le même sujet:

Quand les oiseaux bâtissent leurs nids avec des déchets par Charles Prémont, Québec Science


Impact d'une éclipse solaire sur le comportement des oiseaux

Une étude utilisant un réseau de bioacoustique a révélé une diminution significative des vocalisations d'oiseaux en Amérique du Nord lors de l'éclipse solaire totale du 8 avril 2024. Les oiseaux ont adopté des comportements nocturnes tels que le repos, particulièrement dans les zones où l'obscuration solaire dépassait 99 %.

L'étude originale:

Continental-scale behavioral response of birds to a total solar eclipse

https://www.nature.com/articles/s41598-025-94901-6


Les collaborations se poursuivent même au milieu du conflit

Les scientifiques d'Israël, des territoires palestiniens et des pays voisins continuent de travailler ensemble, même après 15 mois de guerre. Ainsi, en janvier, 60 experts palestiniens, jordaniens et israéliens se sont réunis à Athènes pour discuter de la manière de résoudre les problèmes d'eau et d'autres problèmes environnementaux dans la région. Mais le poids du conflit pèse lourdement sur la communauté scientifique de la région : par exemple, les chercheurs et les universités d'Israël sont confrontés à des boycotts formels et informels, tandis que les chercheurs et les administrateurs de Gaza doivent faire face à la destruction totale de leurs institutions. « J'espère qu'après le cessez-le-feu et lorsque les choses se seront calmées, les collaborations se développeront au Moyen-Orient », déclare le physicien quantique Roee Ozeri. «D'une manière générale, je pense que la science est un grand pont entre les gens et entre les nations.» Ils poursuivent notamment le suivi des chouettes et des hiboux.

L'étude originale :

Science is happening: Israeli and Palestinian scientists continue collaborations amid conflict

https://www.nature.com/articles/d41586-025-00692-1


Regardez ce drone inspiré d'un oiseau sauter dans les airs - Des pattes mécaniques légères permettent à ce drone à voilure fixe de naviguer sur des terrains compliqués. Par Dan Fox, Nature

Voici RAVEN, le Robotic Avian-inspired Vehicle for multiple ENvironments (véhicule robotisé inspiré des oiseaux pour des environnements multiples). Les chercheurs se sont inspirés de l'anatomie aviaire pour concevoir ce drone équipé de pattes légères, semblables à celles d'un oiseau, qui lui permettent de marcher, de sauter et même de s'élancer dans les airs et de prendre son envol. L'équipe qui a construit RAVEN pense que les principes de conception sous-jacents pourraient être utilisés pour fabriquer des robots encore plus polyvalents, capables d'utiliser plusieurs modes de déplacement.

Le reportage video (disponible en français)

https://youtu.be/ewYISBNg-6k

L'étude originale :

Fast ground-to-air transition with avian-inspired multifunctional legs

https://www.nature.com/articles/s41586-024-08228-9


L'intelligence artificielle révèle le langage des oiseaux - Les Corneilles noire émettent un très grand nombre de sons différents ; l'intelligence artificielle pourrait nous aider à comprendre leur signification. Par Emily Bates, Nature

Le reportage video (en anglais)

https://youtu.be/KG9GdpV4adU

Des chercheurs ont écouté une famille inhabituelle de Corneille noire en Espagne, recueillant des données sur des centaines de milliers de sons différents émis par les oiseaux. De petits microphones ont enregistré une variété de cris doux, bien plus silencieux que les « croassements » familiers que l'on entend habituellement. L'équipe a ensuite utilisé l'intelligence artificielle pour analyser les sons et les regrouper. Les chercheurs espèrent pouvoir un jour comprendre la signification des vocalisations des oiseaux et peut-être même essayer de parler leur langue.

L'étude originale :

Synthetic data enables context-aware bioacoustic sound event detection

https://arxiv.org/abs/2503.00296

Le site web du groupe de recherche :

https://www.cooperativecrows.com



mercredi 12 juin 2024

Les chants perdus de la nature de Michel Leboeuf

 

Vous devez lire «Les chants perdus de la nature - Bienvenue en Anthropophonie» (2024) de Michel Leboeuf notamment parce qu'il s'agit d'un sujet qui est moins souvent abordé. Il y est question de biodiversité, mais d'un autre angle, via le son et le bruit! Michel Leboeuf est biologiste, ornithologue, naturaliste et surtout un auteur prolifique deux fois lauréat du prix Hubert-Reeves, couronnant le meilleur livre de vulgarisation scientifique au Québec. En somme, c'est un passionné de la faune et de la flore du Québec.


Il a fait le choix de nous présenter son ouvrage comme une symphonie en cinq mouvements avec un prélude et une conclusion, le tout en 15 chapitres. D'entrée de jeux, il laisse entendre que c'est la dégradation de son audition qui l'a poussé à écrire ce livre. Il souligne qu'il n'entend plus le roitelet à couronne dorée ou le grimpereau brun lors de ses sorties en forêt. Il n'est pas le seul, certains de mes collègues ornithologues l'ont également constaté en prenant de l'âge.

Il entreprend donc de nous faire découvrir un relativement nouveau domaine scientifique qui analyse le «paysage sonore» soit «l'écologie acoustique», le travail des bioacousticiens. Dans son «premier mouvement» l'auteur fait appel à notre imagination sonore en nous racontant ce qu’a pu être l’histoire sonore du Québec au fil du temps  et des saisons, de la dernière glaciation à aujourd’hui.

Le deuxième mouvement s’insère comme une sorte de parenthèse qui va nous aider à mieux assimiler la suite, l’auteur nous rappelle ce qu’est le son. Un petit rafraîchissant de nos cours de physique du secondaire. Toutefois, un concept important se démarque, c’est-à-dire les trois classes de son d’un paysage sonore. Le paysage sonore que l’on entend est constitué de la « géophonie », c'est-à-dire les sons qui émanent de l’habitat, comme le vent dans les feuilles, l’écoulement du ruisseau, la glace qui bouge l’hiver, etc., les sons les plus anciens. La deuxième source des sons est la « biophonie », c'est-à-dire les sons émis par la faune, les chants des oiseaux, le coassement des grenouilles ou le hurlement des loups. Finalement, les sons généralement les plus désagréables, ceux produits par les humains, portent l'étiquette d’« anthropophonique » ( ou anthropique). C’est à retenir, géophonie, biophonie et anthropophonie.

Ce sont les pages du troisième mouvement qui ont le plus retenu mon attention parce qu’il y est question de l’audition et des «manifestations sonores» des animaux. Il est fascinant de constater comment des êtres vivants sans oreille peuvent entendre… Bien entendu, dans le paysage sonore animal, il est beaucoup question des oiseaux. Le lecteur profite d’un tour d’horizon de leurs chants d’amour ou de guerre et des différents types de cris de communication qui servent à se localiser, à quémander de la nourriture, à alarmer avec plus ou moins d’urgences, etc. On nous rappelle justement que chez le Piranga écarlate, le mâle et la femelle communiquent entre eux pour signaler leur position sur le site de nidification.

À la lecture du mouvement suivant, vous demeurerez bouche bée puisqu’on y apprend, à la lumière des plus récentes recherches, que les végétaux possèdent des capacités sensorielles stupéfiantes. Dans ce qui constitue le paysage sonore végétal, l’auteur nous démontre comment les arbres et les plantes peuvent voir, toucher, sentir et entendre! Pensez-y quelques secondes, les végétaux recherchent et suivent la lumière, mais pas n’importe laquelle, ils savent qu’un insecte vient de se poser sur eux et leur réaction sera différente s’il est nuisible ou profitable, le bruit d’une abeille ou d’un papillon stimule des fleurs à produire plus de pollen, etc. Ces découvertes sont l’œuvre d’un nouveau champ d’investigation scientifique : la bioacoustique végétale. 

Le dernier mouvement, c’est celui de la déprime, parce que Michel Leboeuf veut nous faire prendre conscience que «l’humain est un musicien qui joue trop fort». On s’y attendait, c’est ici qu’il nous indique que notre paysage sonore est composé plus souvent de bruit que de son agréable issue de la géophonie et de la biophonie. La faune et la flore modifient leurs comportements devant des environnements trop bruyants. On nous rappelle que le paysage visuel est relativement stable alors que le paysage sonore change constamment. Nous sommes exposés en permanence à des stimuli sonores. Il a fait l’exercice d’évaluer son propre environnement sonore dans différents contextes, à la maison, dans le quartier et au travail pour réaliser qu’il est privilégié de fréquenter la forêt plus que la moyenne des gens. Il fait également le constat que de façon générale, le bruit le plus commun est celui de la circulation automobile.

L’auteur nous rappelle que des espèces sont déjà disparues et que nous ne savons pratiquement rien des sons qu’elles émettaient. D’autres espèces sont en voie d’extinction et nous en sous-estimons probablement l’ampleur. Est-ce que tout cela nous mène à l’aube de la sixième grande extinction, l’ère de l’Homogéocène (Leboeuf préfère ce terme à Anthropocène). Il poursuit en abordant la dégradation des habitats due à la pollution, leur fragmentation et carrément leur disparition, ce qui constitue probablement la plus grande menace pour l’ensemble des espèces. C’est sans compter la surexploitation des ressources de notre seule planète et l’avènement des changements climatiques ce à quoi il ajoute la prolifération des espèces exotiques envahissantes.

Devant ces constats désarmants, Leboeuf privilégie une solution, «une nouvelle partition», pour rester dans le thème symphonique, mais il s’agit ici de partition du territoire puisqu’il évoque la cible des 30% de milieux naturels protégés qui fait plus ou moins consensus. Il prend justement le temps de nuancer cette cible puisque de protéger 30% du Grand Nord québécois ne nous aidera pas beaucoup à préserver la biodiversité sur l’ensemble de notre territoire. Il faut être plus audacieux et plus ambitieux et envisager de moduler les cibles de superficies à protéger selon l’occupation du territoire. Ainsi, il est proposé de considérer trois principaux types de paysages, les paysages urbains, les paysages mixtes et les paysages intacts en protégeant respectivement 17%, 33% et 50% de leur superficie en visant une moyenne globale de 33%. Selon Leboeuf voici comment cette proposition pourrait s’appliquer au territoire québécois. Dans cette zone densément peuplée et exploitée de la vallée du Saint-Laurent, aux environs des 45e et 46e parallèles, la cible serait de 17% à 30% d’aires protégées. Entre les 46e et 49e parallèles, sur les contreforts des Laurentides et des Appalaches, par exemple au Témiscamingue, au Saguenay–Lac-Saint-Jean ou au Bas-Saint-Laurent, la cible serait de 30% à 50% d’aires protégées. Puis, au-delà du 49e parallèle, dans les zones de nature sauvage, la cible serait de 50% et plus d’aires protégées. De cette façon le Québec pourrait probablement atteindre une cible globale de 30% d’aires protégées représentative de la biodiversité de ses différents écosystèmes.

Il termine en soulignant que les modifications du paysage sonore sont l’un des signes de la détérioration de la biosphère. En affirmant qu’il n’est pas trop tard, il nous invite à faire preuve d’humilité et à diminuer notre impact sur la planète bleue.