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lundi 3 février 2025

La Collection « Les Pionniers de l'écologie » de la maison d'édition Le Pommier


Je souhaite par ce billet vous faire connaître la maison d'édition «Le Pommier» fondée en 1999, et plus particulièrement sa collection intitulée «Les Pionniers de l'écologie». L'esprit de la maison d'édition se veut fidèle au projet du «Contrat naturel» (1990) élaboré par Michel Serres (1930-2019). Voilà pourquoi les éditions Le Pommier publient des livres qui nous révèlent le lien entre la nature et la culture. Elle a également pour mission de diffuser l'œuvre de Michel Serres, un philosophe français qui a publié plus d'une cinquantaine d'ouvrages.

Les Éditions le pommier  https://www.puf.com/les-editions-le-pommier

Michel Serres (1930-2019)  https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Serres

La collection « Les Pionniers de l'écologie » vise à diffuser des auteurs qui ont ouvert la voie en matière de regard et de souci à l'égard de la nature. Elle nous fait voir que cette préoccupation «écologique» ne date pas d’aujourd’hui. Des philosophes, des écrivains, des scientifiques ou des géographes ont déjà voulu sensibiliser leurs contemporains à la préservation de la nature. Nous redécouvrons que notre planète est fragile et qu’elle mérite toute notre attention, nous qui avons eu tendance à la considérer comme un environnement où puiser des ressources. Ces éclaireurs d'une autre époque, amoureux des fleurs, des arbres, des animaux et des rivières, ont porté sur le monde un regard bienveillant, et interrogé le lien qui unit l’homme non seulement au reste du vivant, mais à l’ensemble du cosmos.

La collection « Les Pionniers de l'écologie » accueille des œuvres classiques plus ou moins connues, plusieurs étant rééditées pour la première fois. Elle met de l'avant de précieux documents porteurs d’une vision cohérente d’un univers où tous les êtres vivent en interaction. Il n'est pas exagéré de souligner que ces œuvres s'inscrivent dans ce que nous appelons maintenant le «Nature Writing». Ces ouvrages sont également préfacés par des auteurs d’aujourd’hui, qui les remettent en perspective et nous rappellent ce que nous devons à ces illustres prédécesseurs.

À ce jour la collection compte treize titres, je reproduis ici la présentation de quelques-unes de ces œuvres. Pour ma part, j'ai eu l'opportunité de lire les deux titres portant sur John-James Audubon et un autre de Henry-David Thoreau. Tous fort intéressants et très pertinent pour la collection.

Collection « Les Pionniers de l'écologie »  https://www.puf.com/les-pionniers-de-lecologie


Vies d'oiseaux (2022)

L'auteur, Jean-Jacques Audubon (1785-1851), est un ornithologue et peintre américain d’origine française. Il s’est rendu célèbre pour son ouvrage illustré Les Oiseaux d’Amérique. La National Audubon Society, aux États-Unis, association de sauvegarde de la nature, a été fondée en son honneur. L'ouvrage est présenté par Henri Gourdin, biographe et spécialiste d’Audubon (Actes Sud, 2002), également défenseur de la nature et des espèces animales menacées.


Sur le modèle de l’Histoire naturelle de Buffon, Audubon, pour accompagner la réédition de ses superbes planches ornithologiques, rédigea des « Vies d’oiseaux » (Bird Biographies). Mais pour lui, contrairement au savant français de Montbard, ces vies sont saisies, non à partir de la morale, mais à partir de la réalité physique et de l’observation. Souci scientifique, donc, mais qui ne l’empêche pas de donner libre cours à un style alerte, mâtiné de romantisme, aux origines de la nature writing américaine, rappelant en cela les « épisodes » qui forment ses Scènes de la nature.

Du plus petit (l’oiseau-mouche à gorge de rubis : 3 grammes, 9 centimètres de la tête aux pattes) au plus grand (la grue blanche d’Amérique : jusqu’à 8,5 kilos et 230 centimètres d’envergure, 160 centimètres de la tête aux pattes), du plus paisible (le pewee peut-être) au plus combattif (l’aigle royal certainement), des plus menacés (le pic à bec d’ivoire, la grue blanche…) aux plus assurés de leur avenir (la tourterelle de Caroline, l’hirondelle, les grives…), voici une sélection de portraits de ces « habitants du ciel » restitués dans toute leur variété, avec une préférence pour les espèces endémiques d’Amérique du Nord.


Scènes de la nature (2021)

Ce titre fait aussi partie des écrits de Jean-Jacques Audubon (1785-1851) et il est également présenté par Henri Gourdin.


Pionnier, Audubon l’était d’abord au sens strict : à 18 ans, ce Nantais part pour les États-Unis vivre de chasses et de cueillettes. Là, dans ces grands espaces américains encore vierges, il prend la décision de recenser et de peindre tous les oiseaux. Nouveauté pour l’époque : il les représente dans leur environnement.

Ses scènes d’oiseaux dans la nature ne doivent pourtant pas nous faire oublier ces autres Scènes de la nature, où Audubon nous raconte la vie d’aventures qu’il mène, une vie faite d’épreuves, mais aussi et surtout de liberté, dans une nature sauvage, immense et belle.

Marais de pins, prairies, ouragans… Audubon se révèle, dans ce recueil de récits et d’anecdotes, un grand écrivain de nature writing, peintre des paysages menacés par le progrès. « Quand je vois, écrit-il, le trop-plein de la population de l’Europe s’acharnant avec nous à la destruction de ces malheureuses forêts […] ; et quand je me dis que, pour tous ces changements si extraordinaires, il a suffi de la courte période d’une vingtaine d’années ; alors, malgré moi, je m’arrête, saisi d’étonnement »…


Histoire d’un ruisseau suivi de Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes (2023)

L'auteur est géographe libertaire et théoricien de l’anarchisme, Élisée Reclus (1830-1905) est considéré comme le fondateur de la géographie moderne. Sa présentatrice est chercheuse associée au laboratoire Sphère (Paris VII CNRS), Valérie Chansigaud est historienne des sciences et de l’environnement. Elle est l’autrice, notamment, de Les Français et la Nature (Actes Sud, 2017).

Comment dire la vie d’un milieu, cerner le sens d’un paysage ?

Dans ce texte inclassable de 1869, aussi littéraire que scientifique, Élisée Reclus décline la vie d’un ruisseau, du glacier jusqu’au fleuve en passant par le torrent, puis les montagnes, et les reliefs que dessine ce fleuve.

Livre de vulgarisation, méditation poétique, Histoire d’un ruisseau invite à comprendre autant qu’à contempler la nature. Ou plutôt : à éprouver une forme de bonheur immanent. Car pour le géographe libertaire, théoricien de l’anarchisme et de la mésologie, la vie du ruisseau fournit un exemple vibrant de liberté. Traçant joyeusement son chemin, tout en se montrant respectueux des abords et des berges dans lesquels il s’inscrit, le ruisseau accorde crédit à l’idée de progrès, susceptible de s’inscrire vertueusement au sein d’un milieu.

Quelques années plus tôt, Reclus écrivait déjà sur ces émotions qui naissent du contact avec la nature. Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes, article phare et prémonitoire, dépeint l’enthousiasme de ses contemporains pour les paysages naturels… autant que l’empreinte funeste qu’y laissaient les prémices de la civilisation capitaliste.


Walden suivi de La Désobéissance civile (2023)

L'auteur est un philosophe, naturaliste et poète américain, Henry David Thoreau (1817-1862), le «Rousseau américain», est l’un des chefs de file du mouvement transcendantaliste. En cédant à l’appel de la forêt, il a renouvelé le regard porté sur la nature et forgé la notion de «désobéissance civile». Il est présenté par Sandra Laugier, philosophe et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Grand prix Moron de l’Académie française en 2022 pour l’ensemble de son œuvre, elle a publié de nombreux ouvrages, dont Pourquoi désobéir en démocratie ? (La Découverte, 2010).


«Walden», un nom mythique qui charrie tout un imaginaire : le Nouveau Monde et sa vie sauvage, régénérante. Concord, Massachusetts, une cabane, des pins au bord d’un étang, le Transcendental Club, Emerson et le Rousseau américain : Henry David Thoreau. Un texte qui sonne comme une rupture, celle d’avec la société telle qu’elle va (ou plutôt ne va pas).

Ce livre, qui retrace les deux ans et deux mois que Thoreau passa dans une cabane dans les bois, au bord de l’étang de Walden, n’est pourtant pas le livre d’un ermite. Ni tout à fait journal ni simplement rêveries d’un solitaire, il relève aussi du pamphlet : le contact avec la vie sauvage s’y dévoile comme une ressource politique privilégiée de subversion, de progressisme et de libération. Walden exalte le retrait du monde comme geste politique : se retirer pour mettre à distance la loi commune, les valeurs en vigueur dans une société donnée, le conformisme ; se retirer pour renouer avec sa voix intérieure et oser dénoncer, désobéir.

À l’heure de l’urgence écologique, alors que se multiplient les actes de désobéissance, cette édition propose, avec l’éclairage de la philosophe Sandra Laugier, de penser en miroir Walden avec l’autre texte majeur de Thoreau : La Désobéissance civile.


Souvenirs entomologiques (2022)

L'auteur est un homme de sciences, naturaliste, éminent entomologiste, Jean-Henri Fabre (1823-1915) était aussi un écrivain passionné par la nature et un poète de langue occitane (membre du Félibrige) et française. Son présentateur, spécialiste des penseurs de la nature, est Henri Gourdin, le même quia présenté les œuvres de Audubon.


Jean-Henri Fabre, ce « grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète » (Jean Rostand), a consigné la vie rêvée des hyménoptères et des coléoptères dans des Souvenirs entomologiques, somme de plusieurs milliers de pages dont les meilleures sont rassemblées dans la présente édition. 

Chef-d’œuvre de vulgarisation, ces Souvenirs mêlent observation minutieuse, recherche de terrain et expérience scientifique à des réflexions d’ordre plus philosophique et à des souvenirs personnels. D’étranges personnages y sont mis en scène, et l’on s’y attache : cigale victime des préjugés de la fable, sphex languedocien solitaire, scarabée sacré… Rien ne manque : joies de la découverte, drames de la vie.

Où l’on verra aussi que Jean-Henri Fabre, en instituteur de la IIIe République rompu aux leçons de choses, a indéniablement creusé le sillon d’une connaissance sensible du vivant.


Écrits sur la nature (2022)

George Sand (1804-1876) est une figure majeure du romantisme français. Elle est l’autrice de romans champêtres, dont François le Champi et La Petite Fadette. Son présentateur est jardinier et écrivain, Gilles Clément est notamment l’auteur de Manifeste du Tiers-paysage (rééd. Sens & Tonka, 2014) et de Notre-Dame-des-Plantes (Bayard, 2021). Il est accompagnée de Patrick Scheyder, un pianiste et auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux relations entre l’homme, la nature et l’art. Il a notamment conçu des spectacles sur le thème de la biodiversité.

La nature, George Sand la connaît bien : elle gère de main de maître les 250 hectares de son cher domaine de Nohant ; jardine trois à quatre heures par jour avec une « passion d’abrutie », selon ses propres mots ; herborise, dans le Berry, à Toulon, dans les Alpes ; constitue avec son fils Maurice un herbier fantastique… Sa curiosité s’étend aux oiseaux, aux papillons, aux fossiles. Qu’elle conteste certaines classifications de son temps, et la postérité lui donnera souvent raison. 

Sa plus belle preuve d’amour pour la nature : une série de textes qu’elle écrit pour la protection des forêts, et notamment celle de Fontainebleau. Dans une tribune parue dans le journal Le Temps en 1872, elle pose le problème de la déforestation dans les termes actuels de l’écologie politique. Si, en 1830, elle défendit la cause des femmes, en 1848, la République, son dernier combat, en 1872, sera en faveur de la nature. 

Écoféministe avant l’heure, George Sand ? C’est cet aspect de son œuvre que Patrick Scheyder se propose de faire découvrir dans ce recueil de ses textes les plus importants consacrés à la nature.


Histoire naturelle des animaux sauvages (2020)

Le naturaliste, biologiste et philosophe, Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) a été, à partir de 1738, intendant du Jardin royal des plantes, ancêtre du Muséum national d’histoire naturelle. Il est présenté par Bruno David, naturaliste spécialisé en paléontologie et en sciences de l’évolution et de la biodiversité, préside le Muséum national d’histoire naturelle depuis septembre 2015.


« Il ne s’occupe que des bêtes ; il faut l’être un peu soi-même pour se dévouer à une telle occupation. » En égratignant ainsi le « Pline de Montbard », Mme du Deffand ne pouvait pas savoir qu’elle pointait du doigt la profonde originalité de Buffon : au temps de la civilité des salons, il fut le premier à préférer tourner ses regards vers la nature. Non pas la nature des bergères et du hameau de la Reine, mais la vraie, celle de la campagne, des bois, des pierres, de la flore et de la faune.

Issues de sa monumentale Histoire naturelle, ces pages nous racontent la vie des quadrupèdes sauvages que l’on peut croiser en Europe. Bien qu’un peu victime des préjugés de son temps, notamment sur le loup, et amateur de chasse, il nous tend le miroir fidèle des animaux dans leur milieu : dans les forêts, les eaux, les plaines, le cerf, la loutre et le castor croisent la route des animaux carnassiers, dont l’homme. Car quelle plus grande menace pour « ces animaux que nous appelons sauvages, parce qu’ils ne nous sont pas soumis » ?

On découvre alors un penseur visionnaire, sensible à ces invisibles qui se dérobent, s’éloignent, s’enfoncent dans les bois, se creusent des demeures souterraines – et parfois presque des cités ! – pour fuir notre regard… et notre prédation.


dimanche 12 novembre 2023

La mystérieuse histoire du nom des oiseaux de Henriette Walter & Pierre Avenas

 

Je viens de terminer la lecture de «La mystérieuse histoire du nom des oiseaux - Du minuscule roitelet à l'Albatros géant» écrit par Henriette Walter et Pierre Avenas, un gros bouquin de 375 pages qui traite de 262 noms d'oiseaux. Ils ont choisi leurs noms d'oiseaux à explorer dans la mesure où ceux-ci figuraient dans trois dictionnaires français courants, soit le Larousse, le Robert et le Hachette. Ainsi les auteurs nous décrivent l'origine de ces noms d'oiseaux en prenant en considération plusieurs éléments, dont les noms de ces oiseaux dans d'autres langues, notamment l'italien, l'espagnol, l'anglais et l'allemand . Il considère également les écrits des naturalistes d’Aristote et Pline l'ancien jusqu'à Linné, Cuvier et Buffon de son vrai nom Georges-Louis Leclerc. D’ailleurs, les auteurs reviennent souvent sur les remarques de Buffon à l’égard du travail de Linné dans l’attribution des noms d’oiseaux bien entendu. L'ouvrage est divisé en 19 chapitres qui représentent autant de façons d'aborder l'origine des noms d'oiseaux.  Ainsi certains noms proviennent d'une autre langue ancienne comme le latin, le grec , le breton, le normand, le Celte, etc. Par contre, beaucoup de noms d'oiseaux sont liés à d'autres choses comme les sons, leur comportement, des formes, des couleurs ou une région géographique. La longueur des textes consacrés à chaque nom d’oiseau est très variable, certains font l’objet d’un seul paragraphe alors que d'autres bénéficient de quelques pages de commentaires et remarques. Les auteurs ont également agrémenté leur texte d'encadrés intitulés «Récréation» avec lesquels ils se permettent, sous forme de quiz, de s'éloigner légèrement du sujet principal de façon rigolote.

Le premier chapitre intitulé «Le Quartier latin des oiseaux» aborde plus d'une trentaine de noms d'oiseaux dont l'origine est latine. On y apprend que le nom de l'aigle en latin est «aquila» qui peut être relié à l'adjectif «aquilus» qui veut dire «de couleur brune». Voici d’autres exemples : «acceptor» en latin signifie «un oiseau qui prend» et représente l'autour en français; «avis tarda» en latin signifie  «l'oiseau lent» qui donne l’outarde en français; «mergulus» en latin  signifie «petit oiseau plongeur» pour le mergule; «vultur», c’est «un oiseau qui arrache» pour le vautour en français.  Il est un peu plus particulier de constater que le nom du faucon vient de «falco» qui se relie à «falx» et «falcis» dans le sens de faux, l’outil, à cause de la forme des griffes aux pattes de cet oiseau qui ressemble à une faux.

Pour les noms d’origine grecque (2e chapitre), le meilleur exemple est probablement  le nom pygargue vient de «pugargos» qui est formé de «pugê» pour fesse et «argos» blanc qui signifie «qui a les fesses blanches», on comprend que la Pygargue à queue blanche d'Europe est bien représentée par ce nom. Pour des noms qui origine d'autres langues, les auteurs abordent l'émerillon qui vient du francique «smiril» qui signifie faucon de petite taille, dans le même esprit, le merlin des anglophones origine de «esmerillon» en vieux français. Le faucon gerfaut vient du germanique «gerfalko» où «ger» signifie vautour et «falko» veut dire faucon. Le nom d'oiseau épervier est aussi d'origine germanique, il provient de «sparwari» dont le «sparw» est associé à moineau comme sparrow en anglais et le «ari» signifie aigle donc l'aigle des moineaux. On obtient un rapace prédateur des moineaux, en anglais les Européens ont justement un sparrowhawk. Pour ce qui est de l’eider, la plupart des langues ont emprunté son nom à l’islandais «aedur». Saviez-vous que les ornithologues francophones utilisaient pingouin pour les espèces du nord et manchot pour les espèces du sud? Le nom pingouin viendrait de l’ancien néerlandais «pinguin». Le nom du harfang vient du vieux suédois «harfaong» qui est l’assemblage de «hare» pour lièvre et «fanga» pour prendre, un rapace qui capture des lièvres. Un certain nombre de noms d’oiseaux proviennent de langues autochtones comme l’urubu qui vient de «yrybo» en guarani, une langue du Paraguay. On n’aurait pu s'attendre à ce qu’il y en ait plus.

Laissons les langues pour maintenant aborder les autres types d’origine mis de l’avant par les auteurs. Pour les noms d’origine géographique, on peut penser à dinde et dindon qui proviennent initialement des dénominations «poule d’Inde» ou de «paon des Indes», les explorateurs se croyant aux Indes… Parfois ce sont les caractéristiques de l’oiseau qui s’imposent. Le nom bécasse est associé à leur long bec et en italien on dit «beccaccia» en espagnol on dit «becade». Dans le cas du canard pilet, son nom vient de sa longue queue pointue comme un javelot qui vient de «pilum» en latin. Toutes les langues font référence aux plumes de sa queue.Le canard colvert tient son nom de sa tête et de son cou de couleur verte chez le mâle en période de reproduction. Certaines origines de noms d'oiseaux sont associées à la notion de son. Ainsi, le nom crécerelle fait référence au cri de l’oiseau qui ferait penser au bruit d’une crécelle. Le nom bruant vient du verbe bruire qui signifie un bruit plutôt fort, la forme première était «bruyan» puis «bruant» pour exprimer un petit passereau bruyant! Les noms goéland et mouette auraient aussi pour origine le cri de ces oiseaux. Seuls les francophones utilisent deux noms pour dénommer ces oiseaux. Le nom goéland viendrait du breton «gouelan» qui signifie pleurer tout comme en anglais «gull» vient du gallois  «guylan». Lorsque le goéland cri, on dit qu'il pleure. Le nom mouette serait un diminutif anglo-normand de «mave», ou «mauve» qui est aussi apparenté à l’allemand «möwe» qui dans sa prononciation se rapproche du cri de la mouette. Maintenant, passons au comportement de l'oiseau comme source d’attribution d’un nom. Le nom moqueur lui a été donné pour ses capacités d'imitateurs. Le nom grimpereau vient du verbe grimper parce qu'il grimpe aux arbres. Le tournepierre se nomme ainsi parce que c'est ce qu'il fait, son nom est explicite dans toutes les langues. Il en va de même pour notre plongeon huard, il plonge et il a un cri particulier, le qualificatif de huard vient du verbe huer qui signifie crier. Le chardonneret a hérité de ce nom parce qu'il mange du chardon. Le nom troglodyte fait référence au fait qu'il habite dans des trous. Le fou de Bassan doit vivre avec cette étiquette parce qu'il ne se défend pas quand on cherche à l'attraper ou à prendre ses œufs. Toutes les langues utilisent un équivalent de fou pour le désigner. Quant au qualificatif de Bassan, il provient du nom de l'île de Bass Rock où il y a une des plus grosses colonies de fous de Bassan. 

Comme je le mentionnais au départ, le livre de Walker et Avenas n’aborde que 262 types de nom alors qu’il y a plus de 10 000 espèces d’oiseaux. Sans compter qu’il y a un chapitre sur les noms dont l'origine demeure inconnue comme souchet et harle! Je vous entends vous interroger, d’où vient le nom de tel ou tel oiseau? Eh bien, vous avez des pistes de recherche bien documentées dans ce bouquin. C’est un livre de référence intéressant à consulter selon votre curiosité.

Ce sujet vous intéresse particulièrement, vous pouvez également consulter en ligne le projet de dictionnaire historique des noms d'oiseaux « Noms français des oiseaux du monde (NFOM)» mis en place à l'initiative de Louis Mercier, maintenant professeur à la retraite de l'Université de Sherbrooke. Il y a actuellement des fiches descriptives pour environ une centaine de noms d'oiseaux.