mardi 28 juillet 2026

Les Guetteurs, le merveilleux voyage des oiseaux migrateurs de Philippe J. Dubois et Élise Rousseau


J'ai terminé la lecture du récit «ornithologique» «Les Guetteurs, le merveilleux voyage des oiseaux migrateurs» de Philippe J. Dubois et Élise Rousseau paru début 2026. Je trouve que c’est un ouvrage difficile à mieux résumer que ce qui en est dit en quatrième de couverture. Le livre raconte comment Dubois, un ornithologue chevronné, découvre en 1990, au large de l'île de N'Gor, près de Dakar, un site exceptionnel de migration d'oiseaux marins. Trente-quatre ans plus tard, il organise une expédition avec une équipe de «guetteurs» ou «seawatcheurs» franco sénégalais pour y effectuer des relevés visuels de la migration automnale en suivant les protocoles reconnus. Ils observeront plus de 650 000 oiseaux de 120 espèces en trois mois de comptage quotidien, selon la méthode du «seawatching» et ce, du lever au coucher du soleil.

Ce que ce résumé ne dit pas, c’est la construction du récit qui se déroule à l’aide d’un échange de courriel entre Dubois et Rousseau. Cette dernière étant restée en Bretagne à imaginer ce qui se passe sur l'île avant de le rejoindre pour les derniers jours de l’expédition et Dubois, de son côté vit l'expérience sur le terrain avec ses jeunes collègues. Le lecteur apprécie l'écriture de Rousseau, qui nous décrit en fine observatrice son décor, la faune et la flore qui y habitent. Tous les deux sont capables de nous expliquer subtilement au travers de leurs états d’âme, le monde de l'ornithologie et de la migration d’automne des oiseaux marins. Dubois termine d’ailleurs chacun de ses courriels avec la liste des oiseaux observés dans la journée. Les illustrations de Valentine Plessy viennent ajouter un visuel intéressant pour prés d’une dizaine de ces espèces.


Dubois et Rousseau ont réussi à faire un récit chaleureux et humaniste d’un projet éminemment scientifique. L’exercice a été mené avec des étudiants de l'université de Dakar et a révélé l’Île de N'Gor comme un des meilleurs sites d'observation des oiseaux marins migrateurs. Ces oiseaux sont reconnus comme des témoins privilégiés des défis écologiques que soulèvent les changements climatiques. Les auteurs ont l'espoir que ce livre contribuera à leur protection et à la conservation de leur habitat.


dimanche 29 mars 2026

L'observation des oiseaux pourrait protéger votre cerveau contre le déclin lié au vieillissement...


Une récente étude publiée dans le «Journal of Neuroscience» suggère que l'observation des oiseaux pourrait protéger le cerveau des observateurs du déclin lié au vieillissement. L'observation des oiseaux entraîne un remodelage structurel et fonctionnel du cerveau, augmentant la densité et la connectivité neuronale dans les zones dédiées à l'attention, à la perception visuelle et à la mémoire. Ce loisir actif optimise le traitement de l'information et favorise la réserve cognitive.

Voici un bref résumé créé avec l'assistance de l'IA:

L’étude montre que l’expertise en identification des oiseaux s’accompagne de modifications à la fois structurales et fonctionnelles du cortex, et que ces effets sont liés à une meilleure performance, même à travers l’âge adulte. Les auteurs ont comparé des experts en identification d’oiseaux à des débutants afin de voir comment une pratique intensive et prolongée façonne le cerveau. Ils ont observé que l’expertise s’associe à une organisation cérébrale plus spécialisée dans des régions impliquées dans l’attention, la perception et le traitement visuel complexe.

L’équipe a étudié 29 experts et 29 novices, des jeunes adultes et des personnes plus âgées, en combinant une imagerie par résonance magnétique et une tâche comportementale d’identification d’espèces locales et non locales. Cette approche multimodale permettait de relier directement structure cérébrale, activité fonctionnelle et performance. Chez les experts, certaines régions frontopariétales et corticales postérieures présentaient une diffusivité moyenne plus faible, ce qui est généralement interprété comme un signe de complexité structurelle accrue ou de réorganisation liée à l’expertise. Dans ces mêmes régions, une plus faible diffusivité était associée à une meilleure précision d’identification chez les experts.

L’activité cérébrale montrait aussi une spécialisation fonctionnelle: les régions frontopariétales étaient davantage recrutées lorsque les experts devaient juger des oiseaux moins familiers, et l’intensité de cette réponse était liée à la performance. Les auteurs concluent que l’expertise produit un remodelage convergent du cerveau: les changements de structure et de fonction vont dans le même sens pour soutenir une performance experte. L’étude suggère aussi que l’apprentissage de longue durée pourrait atténuer certains effets du vieillissement dans des régions cérébrales ciblées.

Principaux effets sur le cerveau :

  • Renforcement structurel : Des analyses montrent une meilleure organisation des tissus cérébraux, synonyme de connexions plus denses et efficaces chez les ornithologues et cela à mesure que l'expérience augmente.
  • Activation accrue : Lors de l'identification d'oiseaux, le cerveau des experts mobilise davantage le cortex préfrontal et les régions pariétales, surtout face à des espèces peu familières.
  • Plasticité à long terme : L'exercice régulier de cette forme de mémoire visuelle et auditive agit comme un entraînement, renforçant la réserve cognitive qui protège contre le déclin lié au vieillissement.

L'étude en question:

Erik A. Wing, Jordan A. Chad, Geneva Mariotti, Jennifer D. Ryan and Asaf Gilboa

«The Tuned Cortex: Convergent Expertise-Related Structural and Functional Remodeling across the Adult Lifespan»

Journal of Neuroscience, Vol. 46, Issue 12, 25 Mar 2026

https://www.jneurosci.org/content/46/12/e1307252026


D'autres résumés disponibles en ligne:

Bird watching may build better brains, study says

https://www.cbc.ca/radio/quirks/bird-watching-brain-9.7108469

Observer la nature et ses animaux transformerait le cerveau bien plus qu’on ne le pensait

https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/observer-la-nature-et-ses-animaux-transformerait-le-cerveau-bien-plus-quon-ne-le-pensait-228248.html

Ce loisir d’observation en plein air pourrait transformer radicalement votre cerveau et freiner son vieillissement

https://www.doctissimo.fr/sante/maladies/maladies-neurologiques/fonctionnement-du-cerveau/ce-loisir-dobservation-en-plein-air-pourrait-transformer-radicalement-votre-cerveau-et-freiner-son-vieillissement-739223.htm

Être un expert en observation des oiseaux peut stimuler les capacités cognitives

https://www.rts.ch/info/sciences-tech/2026/article/observer-les-oiseaux-protege-du-declin-cognitif-selon-une-etude-29164072.html


lundi 16 février 2026

Le monarque au Québec et la biodiversité de Yolaine Rousseau


Le livre «Le monarque au Québec et la biodiversité» (2025) de Yolaine Rousseau est un petit bijou de transmission de connaissances. L'auteur nous raconte tout ce qu'elle a appris au sujet du Papillon monarque, une espèce en voit de disparition, et de son hôte privilégié l'asclépiade. Elle nous décrit le cycle de vie du Papillon monarque dans le détail, puisqu'elle en fait «l'élevage», une façon de s'assurer que le plus grand nombre d'œufs sera productif.



Le cycle de vie s'étend de 28 à 34 jours, après la ponte moyenne de 500 œufs. Une minuscule chenille va bouffer la coquille de l’œuf. Elle poursuivra son développement via plusieurs mues pour atteindre jusqu’à 50 mm. La formation de la chrysalide verte se produira tout en étant ancrée à un bouton de soie. Le papillon monarque se développera dans les 12 jours suivants avant d’émerger de son enveloppe. Il est possible de distinguer le mâle de la femelle par les points noirs qu’il porte sur ses ailes.

Bien qu’il y ait quelques populations résidentes (Floride, Costa Rica, Australie), le papillon monarque est surtout connu pour son comportement migratoire qui lui fait parcourir plus de 4 000 km pour se déplacer du Canada à la forêt d’oyamels (espèce de sapin) au Mexique. Encore plus fascinant, c’est que ce trajet se fait sur plusieurs générations de papillon. En effet, la durée de vie des papillons monarques dits «estivaux» n’est que de 2 à 6 semaines; impossible de faire le trajet en si peu de temps. Voilà pourquoi, dans les conditions propices et au moment opportun, une génération de «migratrices» naîtra, celle-ci pouvant vivre jusqu’à 7 mois.

Cependant, pour que cela se réalise, l’asclépiade doit être présente en abondance dans toute l’Amérique parce que la femelle monarque pond un œuf par plant. Il y a plusieurs espèces d’asclépiades, mais l’asclépiade commune et l’incarnate semblent bien être les préférés des papillons monarques. Il s’agit de très grandes plantes qui font plus d’un mètre et qui sont faciles à faire pousser. L’asclépiade est aussi l’hôte de dizaines d’espèces d’insectes, dont le Longicorne de l’asclépiade, qui vit en harmonie avec la plante. Ce qui n’est pas le cas de tous les insectes qui la fréquentent, certains insectes peuvent la faire mourir.

Yolaine Rousseau nous rappelle aussi à quel point le papillon monarque et l’asclépiade sont d’une importance capitale pour la biodiversité. Tout un écosystème impliquant des oiseaux, des insectes et des plantes est lié au papillon monarque et à l’asclépiade. Ce qui nous amène à la nécessité de la conservation des habitats et à l’intervention citoyenne pour y parvenir. Elle nous invite à planter nous-mêmes de l’asclépiade et à inciter nos municipalités à le faire également. Il est également possible de contribuer au suivi des populations de papillon monarque via le site «Mission monarque». L’ouvrage est agrémenté de dizaine de photos et complété par un glossaire fort pertinent.