lundi 16 février 2026

Le monarque au Québec et la biodiversité de Yolaine Rousseau


Le livre «Le monarque au Québec et la biodiversité» (2025) de Yolaine Rousseau est un petit bijou de transmission de connaissances. L'auteur nous raconte tout ce qu'elle a appris au sujet du Papillon monarque, une espèce en voit de disparition, et de son hôte privilégié l'asclépiade. Elle nous décrit le cycle de vie du Papillon monarque dans le détail, puisqu'elle en fait «l'élevage», une façon de s'assurer que le plus grand nombre d'œufs sera productif.



Le cycle de vie s'étend de 28 à 34 jours, après la ponte moyenne de 500 œufs. Une minuscule chenille va bouffer la coquille de l’œuf. Elle poursuivra son développement via plusieurs mues pour atteindre jusqu’à 50 mm. La formation de la chrysalide verte se produira tout en étant ancrée à un bouton de soie. Le papillon monarque se développera dans les 12 jours suivants avant d’émerger de son enveloppe. Il est possible de distinguer le mâle de la femelle par les points noirs qu’il porte sur ses ailes.

Bien qu’il y ait quelques populations résidentes (Floride, Costa Rica, Australie), le papillon monarque est surtout connu pour son comportement migratoire qui lui fait parcourir plus de 4 000 km pour se déplacer du Canada à la forêt d’oyamels (espèce de sapin) au Mexique. Encore plus fascinant, c’est que ce trajet se fait sur plusieurs générations de papillon. En effet, la durée de vie des papillons monarques dits «estivaux» n’est que de 2 à 6 semaines; impossible de faire le trajet en si peu de temps. Voilà pourquoi, dans les conditions propices et au moment opportun, une génération de «migratrices» naîtra, celle-ci pouvant vivre jusqu’à 7 mois.

Cependant, pour que cela se réalise, l’asclépiade doit être présente en abondance dans toute l’Amérique parce que la femelle monarque pond un œuf par plant. Il y a plusieurs espèces d’asclépiades, mais l’asclépiade commune et l’incarnate semblent bien être les préférés des papillons monarques. Il s’agit de très grandes plantes qui font plus d’un mètre et qui sont faciles à faire pousser. L’asclépiade est aussi l’hôte de dizaines d’espèces d’insectes, dont le Longicorne de l’asclépiade, qui vit en harmonie avec la plante. Ce qui n’est pas le cas de tous les insectes qui la fréquentent, certains insectes peuvent la faire mourir.

Yolaine Rousseau nous rappelle aussi à quel point le papillon monarque et l’asclépiade sont d’une importance capitale pour la biodiversité. Tout un écosystème impliquant des oiseaux, des insectes et des plantes est lié au papillon monarque et à l’asclépiade. Ce qui nous amène à la nécessité de la conservation des habitats et à l’intervention citoyenne pour y parvenir. Elle nous invite à planter nous-mêmes de l’asclépiade et à inciter nos municipalités à le faire également. Il est également possible de contribuer au suivi des populations de papillon monarque via le site «Mission monarque». L’ouvrage est agrémenté de dizaine de photos et complété par un glossaire fort pertinent.

mercredi 14 janvier 2026

L'ADN fantôme : quand l'invisible laisse des traces de Benjamin Allegrini


Benjamin Allegrini se présente comme un naturaliste et son essai de vulgarisation scientifique «L'ADN fantôme : quand l'invisible laisse des traces» (2025) m’a introduit à un volet de la biologie moléculaire que je ne connaissais pas, l'ADN environnemental (ADNe). Cette mise en évidence des capacités scientifiques de l'ADN environnemental nous révèle une dimension insoupçonnée de la biodiversité de notre planète. Il s’avère que l’ADNe, composé d’infiniment petits fragments génétiques, est un témoin du passage des espèces.

Allegrini entremêle le récit de ses propres observations terrain dans le cadre de recherches spécifiques auxquelles il a participé avec d’autres recherches de ses collègues. Il y glisse également la description des nouvelles techniques et méthodes associées à l’utilisation de l'ADNe. Ce qui lui permet de nous brosser un tableau complet de tout ce que permet aujourd’hui l'ADNe.

Il débute justement son ouvrage par un volet que je connaissais de l’utilisation de l’ADN, à savoir préciser les distinctions entre les espèces en matière de Taxinomie, la branche des sciences naturelles qui s'occupe de nommer, décrire et classer les organismes vivants. Ainsi, les tests d’ADN «classique» permettent de distinguer, voir de départager, deux espèces qui se ressemble, mais qui n’ont pas la même origine. Il pourrait s’agir de deux espèces différentes, ou de sous-espèces.

L'ADN environnemental (ADNe) se nomme ainsi justement parce que les traces d’ADN n’auront pas été prélevées directement sur l’être vivant (mammifères, poissons, plantes, etc.), mais dans l’environnement, dans l’écosystème des espèces qui y sont présentes. C’est là qu’Allegrini nous présente les différentes possibilités en nous racontant de véritables recherches ayant eu lieu dont les résultats sont connus et d’autres où les données sont encore en cours d’exploitation. Il est donc question d’ADNe prélevé dans des sédiments, dans l’eau (85% de l’ADN identifié dans un échantillon d’eau de mer nous est encore inconnu…), dans les excréments (plus facile à trouver que l’animal lui-même et l’ADNe vous renseigne sur son régime alimentaire…), dans les toiles d’araignées (l’ADN de plusieurs espèces d’êtres vivants peut être retrouvé dans ce qui a adhéré à la toile…), sur les plantes (on y a découvert des pollinisateurs que l’on ne soupçonnait pas comme des mouches et des papillons de nuit…), dans la neige (oui, l’ADNe récolté dans une simple trace permet de confirmer la présence d’un animal…), etc.

Une des recherches, dont il nous fait état, concerne le prélèvement d’échantillon sur toute la longueur du fleuve Moroni (612 km) en Guyane française. Eh bien, l’analyse des échantillons d’ADNe a notamment permis de retracer 60% des mammifères connus de cette région. Une autre étude réalisée sur le fleuve Mékong a permis de mieux connaître l’habitat et les lieux de reproduction du Poisson chat géant, une espèce menacée. Il appert que l'ADNe serait 30 à 60% moins coûteux que les méthodes traditionnelles de relevés biologiques et permettrait de détecter 2 à 10 fois plus d'espèces, particulièrement celles qui sont rares. Par contre, cette méthode d’inventaire ne permet pas une mesure fiable de l’abondance.

Allegrini va encore plus loin en nous révélant un autre aspect du potentiel de l’ADNe soit son introduction dans la paléontologie. Au Groenland, une quarantaine d’échantillons de sédiment prélevés sur cinq sites différents a permis de retrouver des traces d’ADN vieilles de 2 millions d’années. Il a été possible de préciser que le Mastodonte (plus trapu que le Mammouth) vivait en Amérique du Nord il y a plus de 10 000 ans.

Il termine en rappelant que la technologie doit être accompagnée d’une connaissance intime du terrain, car les résultats ne parlent pas d’eux-mêmes. Cette exploration fascinante de l'ADN environnemental change notre rapport à la biodiversité en nous révélant une dimension cachée du monde vivant et du monde disparu... Il s’agit vraiment d’un ouvrage qui force le lecteur à s’interroger sur les capacités de nos nouvelles technologies scientifiques.


vendredi 21 novembre 2025

Verrons-nous des Harfangs des neiges cet hiver?


Je viens de recevoir la plus récente mise à jour du projet SNOWstorm via leur bulletin. Il y est question de l'arrivée des Harfangs des neiges dans les régions du sud. Au Québec, il y a eu une douzaine d'observations de rapportées sur eBird (voir ci-dessous) presque toujours le long du fleuve St-Laurent. Il y a eu un plus grand nombre d'observations en Ontario et dans l'Ouest.

«In With a Bang» par Scott Weidensaul, November 20, 2025

https://www.projectsnowstorm.org/posts/in-with-a-bang/

Harfang des neiges  Photo: Robert Allie

Lors de leur réunion annuelle de planification en août pour l'hiver qui vient, les chercheurs du projet SNOWstorm n'étaient pas très optimistes quant à la reproduction des Harfangs des neiges et, en conséquence, de leur «irruption» éventuelle au sud. Le Grand Nord c'est immense et ils sont contents de s'être trompés puisque les Harfangs des neiges ont commencé à se déplacer vers le sud depuis la fin d'octobre.

Les migrations importantes vers le sud sont presque toujours la conséquence d’une bonne reproduction l’été précédent et d’un afflux de jeunes Harfangs effectuant leur première migration. L'idée (ou l'hypothèse) voulant que «les Harfangs affamés sont forcés de migrer vers le sud» est un mythe, selon les chercheurs. Leurs recherches ont montré à maintes reprises que la plupart de ces Harfangs sont en assez bonne santé, même si, étant juvéniles, tous ne survivront pas et qu’ils peuvent facilement avoir des problèmes avec les humains.

Malheureusement, l'équipe du projet SNOWstorm reçoit déjà des signalements de photographes utilisant de petits rongeurs vivants comme appâts pour attirer les Harfangs et les photographier. Ils nous rappellent que cette pratique met les Harfangs en grave danger, car ils apprennent très vite à associer les humains à la nourriture. Ils risquent donc davantage de se retrouver dans des situations périlleuses, comme voler vers des personnes ou des véhicules. Si vous êtes photographe ou ornithologue amateur, veuillez respecter la nature, gardez vos distances et n'offrez jamais d'appât.

Observations de Harfang des neiges rapportées sur eBird depuis le début de novembre:

Port de Montréal           6 novembre 2025

Tadoussac                    8 novembre 2025

Saint-Roch Ouest       11 novembre 2025

Pointe-des-Monts      13 novembre 2025

Rimouski                   13 novembre 2025

Lac St-Jean               15 novembre 2025

Rimouski                   17 au 20 novembre 2025

Baie-Comeau           18 novembre 2025

L'Isle Verte               20 novembre 2025

Sorel-Tracy              20 novembre 2025


Selon les photographies déposées sur eBird, il semble que la majorité des Harfangs soit probablement des jeunes de l'année.