dimanche 18 octobre 2026

Éloge des oiseaux de passage de Jean-Noël Rieffel


La lecture de l’ouvrage « Éloge des oiseaux de passage - Journal d'un ornithologue un peu perché » de Jean-Noël Rieffel représente une bouffée d’air frais. Rieffel est un vétérinaire de formation, impliqué dans la conservation de la biodiversité. Ornithologue depuis son enfance, l’auteur nous livre ici, sous la forme d’un journal, sa passion pour le monde aviaire de façon factuelle, scientifique et poétique.

Pour Rieffel, cette idée des «oiseaux de passage», c’est bien évidemment cette migration qui se reproduit d’année en année. Pour lui le migrateur par excellence est certainement le Martinet noir qui passe pratiquement sa vie en vol. Cet oiseau arrive en avril en Europe et repart en août pour l'Afrique. Il passe ses journées dans le ciel en quête d’insectes pour se nourrir. Ce phénomène comme les saisons nous amène à prendre un pas de recul, un temps d’arrêt, pour réfléchir à notre propre passage dur terre.

Rieffel identifie pour nous les oiseaux qu’il a croisé au cours de sa vie avec une approche naturaliste. Il nous parle de leur chant, de leur vol, de leur couleur, de leur comportement et de leur habitat que nous avons tendance à agresser constamment. Il nous rappelle en même temps de ne pas oublier de s’émerveiller et que, pour y arriver, il faut savoir patienter, écouter, pour mieux les observer. Il voudrait remettre à l’ordre du jour le regard contemplatif en nature en cette époque du tout à l’écran.

Puis l’auteur évoque les multiples menaces que subissent les oiseaux, la fragmentation et la destruction de leurs habitats, les collisions, la prédation des chats et les effets du changement climatique. Le déclin des oiseaux est, pour lui le signal d’une dégradation plus vaste de la biodiversité.

Quand il dit qu’il est «un peu perché», on le voit dans son style très littéraire, dans ses références et dans sa poésie. Cela ne l’empêche pas de nous livrer des informations pertinentes sur un certain nombre d’espèces d’oiseaux du continent européen. Un essai fort agréable à lire qui nous invite à sortir pour aller à la rencontre des oiseaux.

dimanche 11 octobre 2026

Décoder la nature : l’ADN environnemental au service de la biodiversité de Valérie S. Langlois

J’ai fait la lecture de l’essai «Décoder la nature : l’ADN environnemental au service de la biodiversité» rédigé sous la direction de Valérie S. Langlois. Cet essai nous propose une introduction le plus accessible possible à une nouvelle technologie qui aura potentiellement un grand impact sur les études liées à la conservation de la biodiversité. On parle ici de «l’ADN environnemental» (ADNe) qui nous permet, à partir d’infimes fragments génétiques laissés dans l’eau, l’air, le sol, etc., de révéler la présence d’espèces sans qu’il soit nécessaire de les observer directement.

L’idée centrale est simple, tout être vivant laisse derrière lui des traces biologiques. Qu’il s’agisse de poils, d’une écaille, d’une plume, des fientes et autres sécrétions, ces résidus suffisent à livrer une signature génétique unique. Ainsi, en prélevant ces traces dans un habitat déterminé, les chercheurs peuvent identifier les espèces qui y habitent ou qui y sont passées.

Comparé aux méthodes de comptage visuel ou de piégeage, l'ADNe présente des avantages majeurs en matière de protection de l'environnement. C'est une technique non invasive, ce qui signifie qu'elle ne stresse pas et ne blesse pas les animaux. Elle est également beaucoup plus rapide et moins coûteuse, en permettant d'analyser de vastes zones géographiques en un temps record. De plus, un seul échantillon peut révéler la présence simultanée de dizaines, voire de centaines d'espèces différentes, des plus grands vertébrés aux plus minuscules micro-organismes.

Pour bien faire comprendre de quoi il s’agit, l’ouvrage s’appuie sur des cas concrets. On nous présente des études de suivi où l’ADNe a été utilisé notamment avec les Caribous forestiers, les tortues d’eau douce et les Esturgeons jaunes. Pour d’autres exemples, vous pouvez également consulter l’essai «L'ADN fantôme : quand l'invisible laisse des traces» de Benjamin Allegrini, qui tente aussi une vulgarisation de ce nouvel outil des naturalistes.

D’autre part, les auteurs prennent soin de ne pas laisser croire que l’ADN environnemental est une solution miraculeuse. Il présente explicitement la principale limite l’ADNe à savoir que la détection de la présence d’une espèce ne nous dit pas grand-chose sur son abondance. C’est pourquoi il faut encore considérer cet outil d’analyse comme un complément aux méthodes traditionnelles de terrain.

Un ouvrage à lire par toutes les personnes qui s’intéressent à la préservation de la biodiversité


lundi 24 août 2026

Un an dans la vie d’une forêt de David G. Haskell

Dans «Un an dans la vie d’une forêt» (2012), David G. Haskell transforme un cercle d’un mètre de diamètre en un laboratoire d’observation écologique. Installé dans une forêt du Tennessee, il visite régulièrement le site sur les quatre saisons pendant un an. Haskell s'est interdit d'intervenir sur son petit site, il observe seulement. Ce qui lui permet de constater les changements au fil des semaines et de faire des rencontres avec la faune locale. Haskell appelle son petit bout de terre le «mandala», un terme qu’il a emprunté au bouddhisme. Il associe cette idée au fait qu’il va contempler ce petit espace comme s’il y faisait de la méditation. Cette approche lui permet de nous révéler la complexité de cet écosystème et sa biodiversité.

Chaque chapitre de son livre est identifié par une date qui correspond à un événement qui l’amène à nous vulgariser un phénomène biologique. Il sera d’abord question du froid, de la visite du Cerf de Virginie, puis de la floraison printanière, de la vigueur des mousses sous la pluie, de l’accouplement des escargots, du papillon attiré par le sodium de sa transpiration, des oiseaux en migration vers le nord, etc (44 textes). Ainsi, le simple trajet d'une goutte de pluie lui sert de point de départ pour nous expliquer les cycles hydrologiques au cours de l'histoire géologique de la région. L’arrêt de quelques Parulines pour se nourrir ouvre la porte à la description de la transformation des oiseaux, nécessaire à la réussite de leur migration sur des milliers de kilomètres. Haskell nous montre comment les arbres sont les capteurs aériens d’un gigantesque écosystème souterrain qui se regénère depuis des centaines d’années, voir des millénaires. Ces courts textes relèvent du «nature writing» où se mêle la rigueur scientifique du biologiste à un émerveillement contemplatif. Donc, on y trouve un peu d’Henry David Thoreau associé à la description du rôle des racines des champignons dans la communication chimique entre les plantes. 

L’auteur réalise rapidement que, dans son cercle d’un mètre, l’écosystème qui s’y trouve met en relation diverses espèces par mutualisme ou symbiose, d’autres via le parasitisme, et que tout cela prend la forme d’un vaste réseau plus ou moins intégré dont fait partie l’être humain. Un réseau dont nous faisons partie pour le meilleur et le pire, puisque nous le menaçons constamment. Il nous invite à apprendre à écouter cet écosystème pour en préserver la biodiversité.

Avec «Un an dans la vie d’une forêt», Haskell a réussi à croiser la science avec la beauté de l’environnement dans lequel on vit. Il souhaite arriver à transformer le regard du lecteur sur le monde végétal et animal. Il veut nous faire ralentir par la démonstration de sa patience dans la contemplation de son mandala. Si vous avez le moindre intérêt pour la nature, c’est un ouvrage à lire absolument.