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mardi 12 août 2025

L’industrie forestière peut détruire des nids d’oiseaux migrateurs même si la loi l’interdit par Alexandre Shields




L’industrie forestière peut détruire des nids d’oiseaux migrateurs même si la loi l’interdit par Alexandre Shields, Le Devoir, 12 août 2025


Des centaines de millions d’oiseaux migrateurs reviennent chaque année se reproduire dans les forêts du Canada et du Québec, où ils sont en théorie protégés par une loi fédérale très stricte qui interdit de leur nuire ou de détruire leurs nids. L’industrie forestière peut pourtant mener des coupes intensives durant cette période critique pour la faune aviaire, et ce, même si la perte d’habitats constitue une menace pour plusieurs espèces.

À l’échelle nord-américaine, les forêts canadiennes sont considérées comme des écosystèmes essentiels pour des centaines d’espèces d’oiseaux, la forêt boréale étant même considérée comme la «pouponnière» de la faune aviaire. Uniquement au Québec, plus de 150 espèces en dépendent pour se nourrir et se reproduire.

Il existe d’ailleurs au pays la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, qui interdit «de nuire aux oiseaux migrateurs et de déranger ou de détruire leurs nids ou leurs œufs, et ce, partout au Canada». 

Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) souligne aussi par courriel qu’en vertu de cette législation, mais aussi du Règlement sur les oiseaux migrateurs de 2022, «les oiseaux migrateurs sont protégés en tout temps et tous les nids d’oiseaux migrateurs sont protégés lorsqu’ils contiennent un oiseau vivant ou un œuf viable». Les «industries» sont obligées de respecter ces réglementations «dans la réalisation de leurs activités», assure le ministère.

À titre d’exemple, Northvolt a dû détruire les zones boisées de son site en période hivernale afin de respecter la réglementation qui interdit les coupes à partir du printemps jusqu’à la fin de l’été. Même chose pour le mégaprojet portuaire de Contrecœur.

En cas d’infraction, les contrevenants s’exposent d’ailleurs à des amendes importantes. Ainsi, en 2021, un résident de Saint-Jérôme a dû payer 60 000$ pour avoir détruit quatre nids d’hirondelles. L’an dernier, deux citoyens ont fait l’objet d’amendes similaires pour avoir enfreint les règles qui protègent les oiseaux migrateurs. Est-ce que l’industrie forestière active ici a déjà été condamnée de la sorte? «ECCC n’a pas imposé des amendes pour des coupes forestières qui contrevenaient à la réglementation en forêt boréale au Québec», précise le ministère par courriel.

Les experts consultés par Le Devoir sont pourtant formels: les coupes industrielles peuvent très clairement enfreindre la réglementation. «Toute entreprise qui récolte du bois pendant la saison de nidification des oiseaux enfreint la loi, car il y a tout lieu de s’attendre à ce qu’elle détruise au moins un nid actif d’une espèce d’oiseau migrateur. C’est la même chose pour les agricultures ou les municipalités qui fauchent un champ lors de la saison de nidification», résume le directeur adjoint pour le Québec et les provinces atlantiques d’Oiseaux Canada, Andrew Coughlan.

«Il est plus que raisonnable de penser que les coupes forestières effectuées entre la mi-mai et la mi-juillet, et même entre la fin avril et la fin août pour certaines espèces, détruisent des sites de nidification d’oiseaux migrateurs, même si ceux-ci sont légalement protégés», ajoute-t-il.

Chercheur spécialiste des oiseaux et professeur invité à l’Université Laval, Junior Tremblay a déjà constaté sur le terrain la destruction, en raison de coupes, de nids qui faisaient partie de travaux scientifiques de suivi des populations. Selon lui, il est indéniable que l’abattage d’arbres détruit des nids, des œufs et des oisillons, même s’il est «difficile» d’estimer les pertes globales à l’échelle canadienne.

Dans une étude réalisée en 2013 et à laquelle M. Tremblay fait référence, la perte annuelle de nids attribuable à la récolte forestière industrielle a été estimée entre 616 000 et 2,1 millions de nids. L’étude en question reconnaissait toutefois que cette évaluation devrait être bonifiée à l’aide de données sur la densité d’oiseaux afin d’avoir un portrait plus précis. ECCC ne nous a pas fourni de données plus récentes, malgré une demande en ce sens.

Manque de moyens

Nature Québec estime pour sa part qu’il est difficile de faire appliquer la législation fédérale en forêt, notamment en raison du manque de moyens à la disposition d’ECCC. «Cela ne peut toutefois justifier l’inaction. Le gouvernement fédéral a un outil puissant entre les mains, il doit se donner les moyens d’appliquer sa propre loi, notamment en investissant dans la surveillance, en outillant les provinces et en envoyant un message clair à l’industrie forestière: la protection des oiseaux migrateurs ne peut être laissée à la bonne volonté», fait valoir sa directrice générale, Alice-Anne Simard.

«Le Canada ne peut pas prétendre vouloir freiner la perte de biodiversité tout en tolérant que des coupes forestières détruisent, année après année, des milliers de nids d’oiseaux migrateurs pourtant protégés par la loi», ajoute-t-elle. Selon un rapport publié l’an dernier par Oiseaux Canada et ECCC, des dizaines d’espèces d’oiseaux subissent un déclin «alarmant» de leurs populations, notamment en raison de la destruction de leurs habitats.

Du côté de l’industrie, on dit toutefois respecter la réglementation et faire des efforts pour la protection de la faune aviaire. «Les industriels forestiers sont tenus d’être à l’affut, d’identifier et de protéger les nids actifs, lorsqu’ils en voient un», résume la vice-présidente des communications et des affaires publiques du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Véronique Normandin.

«Au Québec, plus de 90% du territoire public sous aménagement est certifié par un tiers indépendant. Ces certifications ont, d’une part, des exigences relatives au respect des lois, règlements et conventions en vigueur. D’autre part, elles [prennent en considération] les enjeux de conservation et de maintien de la biodiversité pour lesquels les organisations certifiées doivent démontrer les actions prises en ce sens», explique-t-elle. Cela comprend des mesures particulières pour les oiseaux.

Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs (L.C. 1994, ch. 22)

https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/m-7.01/





Estimation de la perte de nids attribuable aux activités forestières industrielles au Canada

https://www.ace-eco.org/vol8/iss2/art5/

mercredi 18 juin 2025

L'intelligence des oiseaux - Entre stratégie collective et génie individuel de Valéry Schollaert


Un autre bouquin s'est récemment ajouté au thème des capacités cognitives des oiseaux: «L'intelligence des oiseaux - Entre stratégie collective et génie individuel» (2024) de Valéry Schollaert. Ce dernier est un ornithologue expérimenté et reconnu qui a parcouru le monde pour observer et étudier les oiseaux. Il a également développé une formation en ligne en ornithologie.


Ce livre aborde la question de «l'intelligence des oiseaux» différemment des autres que j'ai pu lire sur le sujet. En fait, il est davantage question des comportements habituels des oiseaux qui, selon Schollaert, témoignent justement de leur «intelligence» et ce, tant au niveau collectif qu'individuel. C'est justement ainsi que l'auteur a structuré son livre en nous présentant d'abord des «comportements individuels» faisant preuve d'une intelligence particulière, puis des «comportements collectifs» qui exposent le génie des oiseaux. Il termine en nous proposant un tour d'horizon des «comportements intelligents» spécifiques à différentes espèces ou familles d'oiseaux essentiellement européen.

L'auteur nous décrit des comportements «intelligents» en matière de stratégies d'alimentation, comme ces oiseaux qui utilisent un morceau de pain comme appât pour pêcher. Il nous présente également le cas des corneilles qui utilisent la circulation automobile pour briser des noix, un comportement qui démontre une certaine compréhension de la causalité. Des exemples qui illustrent comment les oiseaux peuvent adapter leurs comportements pour accéder à de la nourriture en faisant preuve d'innovation. Ici, on pourra se référer à l'ouvrage de Louis Lefebvre «Tête de linotte - innovation et intelligence chez les oiseaux» (2023), qui analyse l'aspect de l'alimentation en profondeur et sur une longue période. On notera que Valéry Schollaert n'indique pratiquement aucune référence dans son livre.

Il aborde par la suite la migration comme un comportement qui démontre «l'intelligence collective» des oiseaux. En effet, les oiseaux migrateurs parcourent de grandes distances et plusieurs espèces le font en formation, souvent en V, ce qui leur permet d'économiser de l'énergie. Les oiseaux vont également adapter leur itinéraire en fonction de certains signaux météo. Ces façons de faire supposent une certaine coopération et une sorte  partage des responsabilités, ce qui témoigne d'une forme «d'intelligence collective». Pour en apprendre plus, je vous suggère l'ouvrage «Migration - Pourquoi et comment migrent les oiseaux» (2021) de Marc Duquet.

Schollaert poursuit en nous décrivant des comportements liés à la reproduction, notamment ce qu’il est convenu d'appeler les parades nuptiales précédant la formation des couples chez plusieurs espèces d'oiseaux. Ces parades sont très variées, elles peuvent se manifester de façon sonore et/ou visuelle.  On verra des espèces procéder à des voltiges incroyables, d'autres s'exprimeront par des danses curieuses exposant leurs habiletés et leur plumage. Ces chants et mouvements remplissent différentes fonctions, dont s'assurer que l'accouplement se fait entre individus de la même espèce. Ils pourront également stimuler et synchroniser le comportement reproducteur des partenaires.

À cela s'ajoutent d'autres formes de communication liées aux vocalisations des oiseaux. Elles se divisent en deux grandes catégories : les chants, généralement plus élaborés et mélodieux, et les cris, souvent plus courts et plus simples. Comme nous venons de le mentionner, les chants jouent un rôle important dans la reproduction, mais ce sera également le cas pour la défense du territoire.  Les cris, pour leur part, vont plutôt servir d'alertes et les différentes modulations de ce cri peuvent même préciser la nature de la menace.

L'auteur nous glisse aussi quelques exemples de construction de nids qui relève d'une architecture remarquable, ce qui, pour Schollaert démontre «l'intelligence des oiseaux». Il ajoute que certaines espèces adaptent leurs techniques aux matériaux disponibles et aux contraintes environnementales dans la construction de leurs nids. Ce qui m'amène à soulever ma principale réserve à l'égard de son approche. Ce que font aujourd'hui les oiseaux en matière de stratégies d'alimentation, de reproduction, de communication, de déplacement migratoire, ne relève-t-il pas davantage de l'adaptation, de la sélection naturelle qui s'en suit et donc de l'évolution des espèces plutôt que de «l'intelligence».

Je ne m'attarderai pas à son tour d'horizon des comportements de nature intelligente des espèces d'oiseaux européens, sauf pour souligner que l'auteur reprend ce que l'on souligne généralement au sujet des corvidés. Les Corbeaux et les Corneilles sont présentés comme étant parmi les oiseaux les plus  «intelligents». Il revient sur leur capacité à utiliser et à fabriquer des outils.  Il sera question du fameux Corbeau calédonien qui est capable de compléter une série d'étapes et d'utiliser différents outils pour parvenir à obtenir la nourriture qui l'attend au bout du trajet. On nous rappellera que la  création d'outils par cette espèce d'oiseau a été observée en milieu naturel et pas seulement en laboratoire.

L'ouvrage «L'intelligence des oiseaux» de Valéry Schollaert nous offre un survol des capacités cognitives des oiseux en les mettant en évidence via leurs comportements. Vous pouvez également lire la page Wikipedia portant sur l'intelligence des oiseaux pour obtenir un bref survol:

  https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_des_oiseaux 

Toutefois, je crois que les livres de Jennifer Ackerman, «Le Génie des oiseaux» (2017) et «La voie des oiseaux» (2020),  vous en apprendrons davantage, tout en vous donnant les clés pour aller encore plus loin si vous le souhaiter.


mercredi 11 décembre 2024

Lorsque les oiseaux construisent des nids, ils construisent également une culture


Lorsque les oiseaux construisent des nids, ils construisent également une culture, 29 août 2024 Nell Greenfieldboyce, National Public Radio (NPR)

https://www.npr.org/2024/08/29/nx-s1-5090967/birds-build-nests-tradition-culture-architecture (Transcription et traduction automatique)

Des groupes d'oiseaux voisins au sein d'une même espèce peuvent créer des nids d'apparence très différente, ce qui montre que leurs choix de construction de nids ne sont pas uniquement contrôlés par l'instinct et l'environnement. Au lieu de cela, ces oiseaux semblent apprendre des règles de construction de nids qui se transmettent au sein d’un groupe familial de génération en génération. C'est la conclusion des chercheurs qui ont étudié près de 450 structures herbeuses construites pendant deux ans par des Mahali à sourcils blancs vivant dans le désert du Kalahari en Afrique du Sud. Ces petits oiseaux bruns et blancs vivent en communauté, et il s'avère que des groupes d'oiseaux qui vivaient assez près les uns des autres ont néanmoins construit des formes architecturales distinctives, selon un nouveau rapport publié dans Science. Cette découverte suggère que, lorsque les gens lèvent les yeux et voient un nid dans un arbre, cela pourrait ne pas être uniquement le produit d’un comportement inné. « Il se pourrait que nous assistions à une tradition », explique Maria Cristina Tello-Ramos , chercheuse qui a mené cette étude alors qu'elle travaillait à l'Université de St. Andrews.

Mahali à sourcils blancs - produit de l'IA

Apprendre par l'exemple

Les scientifiques savaient déjà que des groupes d’animaux, y compris les oiseaux, peuvent former leurs propres cultures, dans le sens où des informations importantes sont transmises par l’apprentissage social plutôt que par la simple génétique. Les chants des oiseaux, par exemple, peuvent avoir des « accents » régionaux, et les oiseaux se tournent également vers leurs aînés pour en apprendre davantage sur la recherche de nourriture et la migration, explique Tello-Ramos. Des études en laboratoire ont suggéré que le même phénomène pouvait être vrai pour la construction d’un nid. Des expériences montrent que les Pinsons zèbres mâles inexpérimentés observent les mâles expérimentés choisir les matériaux de construction du nid et utilisent ensuite ces informations pour modifier leurs propres choix, explique Tello-Ramos. « Si auparavant ils préféraient un ruban rose plutôt qu’orange, ils préféreront désormais l’orange s’ils voient d’autres personnes utiliser l’orange », dit-elle. Elle voulait voir comment l’apprentissage social pouvait affecter la construction du nid des moineaux à sourcils blancs. Ces oiseaux très sociaux vivent en familles élargies de deux à 14 individus. « Ils font tout ensemble. Ils cueillent la nourriture ensemble. Ils défendent les territoires ensemble », explique Tello-Ramos. Curieusement, elle et ses collègues ont remarqué que les arbres qui abritaient une famille élargie avaient souvent des nids qui semblaient très différents de ceux de leurs voisins dans un autre arbre.

En bref

Cette espèce d'oiseau construit des structures d'herbe qui ont deux fonctions : elles peuvent être transformées en un lieu sûr pour incuber les œufs, mais elles constituent également des abris dans lesquels un seul oiseau peut se percher en toute sécurité la nuit. Un arbre sera parsemé de nombreuses structures de ce type. La construction de chaque abri est une activité collective. Les oiseaux tressent de l'herbe pour former un tube qui finit par avoir la forme d'un « U » à l'envers. Lorsqu'il est utilisé pour incuber les œufs, une extrémité du tube est fermée hermétiquement pour former une coupelle. Mais lorsqu'il est utilisé comme perchoir nocturne, le tube possède une entrée à une extrémité et une sortie à l'autre. « Et ce que nous avons vu, c'est que, dans certaines familles, les oiseaux construisent des perchoirs avec de très longs tubes », explique Tello-Ramos. D'autres familles, quant à elles, construisent des tubes courts. « Ils le font régulièrement », dit-elle. « Des familles qui vivent à dix mètres l’une de l’autre construisent des choses différentes. » Pour en savoir plus, elle et ses collègues ont mesuré chaque structure construite par 43 groupes familiaux pendant deux saisons. Ils ont tout analysé, de la longueur du tube à sa largeur, en passant par l'angle entre les « bras » du tube en forme de U. Ils ont ensuite vérifié ce qui pouvait expliquer les différences observées, en examinant attentivement des facteurs, tels que les températures, la vitesse du vent et le nombre d’oiseaux dans chaque famille. Ils n'ont trouvé aucune explication quant à la raison pour laquelle les oiseaux construisaient des structures si différentes. Et comme on sait que ces oiseaux sont très sociaux, explique Tello-Ramos, il semble probable que les membres de la famille se copient les uns les autres, créant une culture de construction de nids qui se transmet encore et encore et encore.

La famille c'est tout

Il arrive parfois qu'une famille prenne sous son aile un étranger et le laisse rejoindre le groupe. Ces étrangers semblent adopter les coutumes de leur nouveau foyer. Les chercheurs le savent parce que les familles d’oiseaux qui ont incorporé de nombreux étrangers ont néanmoins conservé des traditions cohérentes de construction de nids. « Ce qui m’a le plus fasciné, c’est que, lorsqu’un nouveau Mahali rejoint le groupe, il n’apporte pas les transmissions culturelles de son ancien groupe », explique Catherine Sheard , biologiste évolutionniste à l’Université d’Aberdeen en Écosse, qui étudie la diversité des nids d’oiseaux, mais ne faisait pas partie de l’équipe de recherche. « Ce n’est pas ce que j’avais prévu. » Les humains se transmettent beaucoup d’informations par le biais de l’apprentissage social, note Sheard, « mais il existe une sorte de croyance désuète selon laquelle les animaux ne le font pas du tout et que c’est purement génétique, ou que vous construisez des choses à partir de tout ce qui traîne. » Comme le montre cette étude, ce n'est pas vrai, dit-elle. Et en plus d'apprendre des autres oiseaux, les oiseaux peuvent apprendre de leurs propres expériences. Des études en laboratoire montrent que, si les oiseaux construisent un nid et ne parviennent pas à élever un poussin, explique Sheard, ils essaieront un autre matériau de construction de nid la fois suivante. Les oiseaux qui réussissent à se reproduire, en revanche, resteront fidèles aux matériaux de construction de nid qui ont fonctionné. Tout cela explique peut-être en partie pourquoi, même au sein d’une même espèce, certains oiseaux peuvent construire des nids très différents – une sorte de diversité architecturale qui passe souvent inaperçue, explique Sheard. « J’ai l’impression que, lorsque nous dessinons des illustrations et montrons des nids aux enfants, nous montrons le nid le plus beau, le plus prototypique, explique Sheard. Mais en réalité, les oiseaux font beaucoup de choses très étranges. »


«These Bird Nests Show Signs of an Architectural ‘Culture’» by Gennaro Tomma, Scientific American, Novembre 2024, Volume 331, Issue 4

https://www.scientificamerican.com/article/these-bird-nests-show-signs-of-an-architectural-culture/

«Les tisserands du désert du Kalahari ont développé leurs propres styles architecturaux» by Gilbert Nakweya, Novembre 2024, Nature Africa

https://www.nature.com/articles/d44148-024-00324-2


L'étude scientifique originale:

Maria C. Tello-Ramos, Lucy Harper, Isabella Tortora-Brayda, Lauren M. Guillette, Pablo Capilla-Lasheras, Xavier A. Harrison, Andrew J. Young, and Susan D. Healy, «Architectural traditions in the structures built by cooperative weaver birds» in Science, Aug 2024, Vol 385, Issue 6712, pp. 1004-1009,  https://www.science.org/doi/10.1126/science.adn2573

Résumé de l'étude:

Les humains coopèrent pour construire des structures complexes avec des styles architecturaux spécifiques à leur culture. Cependant, ils ne sont pas les seuls animaux à construire des structures complexes ou à avoir une culture. Nous montrons que les groupes sociaux de Mahali à sourcils blancs (Plocepasser mahali) construisent des structures (nids pour la reproduction et plusieurs perchoirs à occupation unique pour le sommeil) dont l'architecture diffère d'un groupe à l'autre. Les différences morphologiques sont constantes d'une année à l'autre et sont claires, même entre les groupes dont les territoires sont distants de quelques mètres. Ces différences reproductibles ne s'expliquent pas par les variations des conditions météorologiques locales, de la taille des oiseaux, de la hauteur des arbres ou des schémas de parenté génétique entre les groupes. Les styles architecturaux sont également robustes à l'immigration d'oiseaux d'autres groupes.


mercredi 19 juillet 2023

La voie des oiseaux de Jennifer Ackerman


J'ai complété la lecture de «La voie des oiseaux» de Jennifer Ackerman parue en 2020. J’attendais la version en livre de poche, mais elle n’est toujours pas disponible. J’ai eu recours à la bibliothèque municipale, un service bien utile.

Il s’agit d’un excellent ouvrage tout comme «Le génie des oiseaux», son best-seller précédent. Encore une fois, ce livre est basé sur une recherche approfondie de la littérature existante, on y trouve une bibliographie de «lectures complémentaires» qui fait plus de 30 pages. Elle a fait des entrevues avec des chercheurs et des ornithologues réputés, elle a voyagé à travers la planète pour ces rencontres et pour observer par elle-même les oiseaux. Dans son livre «Le génie des oiseaux», il était essentiellement question de l'intelligence. Par contre, dans cet essai, on aborde davantage les comportements des oiseaux et plus particulièrement ceux qui surprennent, les comportements qualifiés d’extrêmes ou de marginaux. Ackerman mentionne que l'idée de ce livre a germée durant des conversations avec Louis Lefebvre de l'Université McGill, lors de la rédaction du «Génie des oiseaux» parce que l'échelle d'intelligence dont il est fait mention dans «Le Génie des oiseaux» est essentiellement basée sur des comportements des oiseaux et plus spécifiquement sur les comportements innovateurs c'est-à-dire ceux qui démontrent une capacité de faire quelque chose de nouveau devant un défi. Elle dit «Actuellement, il n'y a clairement pas de façon unique d'être un oiseau.» Ainsi, dès l'intro on comprend l'univers qui nous attend.


Ackerman souligne également qu’au cours des dernières années il y a eu une explosion de la recherche et des découvertes au sujet du comportement des oiseaux. D’autre part, le monde de la recherche aviaire a de plus en plus éliminé le «biais géographique» c'est-à-dire que l'essentiel des recherches se faisait dans le nord aux États-Unis ou en Europe. Il en va de même pour le «biais lié au genre» puisque, les chercheurs étaient essentiellement des hommes, ce qui orientait la recherche davantage sur les oiseaux mâles. Il y a également le développement technologique qui a permis de faciliter la recherche auprès des oiseaux, notamment avec les caméras miniatures.

Le livre est divisé en 5 sections et compte 14 chapitres. Les sections sont: Communiquer, Travailler, Jouer, Aimer et Élever les petits. J'ai utilisé cette même division pour vous faire part brièvement de ce que l’on retrouve de particulièrement intéressant dans cet ouvrage.

Communiquer

En matière de communication ce n'est pas que le chant qui est en cause. Il est aussi question des mouvements des oiseaux et des caractéristiques de leur plumage. Il n’en demeure pas moins qu’Ackerman nous parle essentiellement des chants et des cris dans cette section. Par exemple, on ne sait toujours pas pourquoi les oiseaux chantent tous ensemble à 4h du matin ce qu'on appelle poétiquement le «refrain de l'Aube». Par contre, on s'est rendu compte que les plus grands oiseaux chantent généralement en premier et plus précisément encore ceux qui ont les plus grands yeux! De façon générale, il semble que la vocalisation des oiseaux ne soit pas encore très connue. Prenons l’exemple de notre Merle d'Amérique, il émet plus de 20 types de sons, c’est beaucoup plus que ce que vous pouvez reconnaître chez cette espèce. Saviez-vous que la Grive des bois peut faire des duos avec elle-même? D'ailleurs, le chant en duo d’un mâle et d’une femelle serait le fait d'environ 16 % des espèces, principalement sous les tropiques. De plus, le chant du mâle et de la femelle est tellement bien coordonné qu’il semble être le fait d'un seul oiseau.

Les cris d’alarme occupent une bonne place dans les communications courantes chez les oiseaux. L’auteur nous présente l’exemple du Méliphage de Nouvelle-Hollande qui surveille les menaces pour toute la communauté aviaire d’un jardin botanique australien. Il émet notamment un cri d'alarme spécifique pour l'épervier que tous les oiseaux reconnaissent. Puis à leur tour, ils émettent chacun le propre cri d’alarme de leur espèce. Dans cette cacophonie de cris d’alarme, il est fort à parier que le rapace risque de repartir sur sa faim. Chez certaines espèces les cris peuvent varier selon le type de menace et sa provenance, ou encore pour décider s’il faut houspiller ou fuir. Chez d’autres oiseaux, les cris vont jusqu’à préciser la taille du prédateur, sa distance et ce que fait le prédateur; il est perché, il s'approche, etc… Il y a les cris, mais le silence aussi peut faire office d’alarme, lorsque des oiseaux bruyants comme le Carouge à épaulettes se taisent c'est aussi un signal de danger à proximité.

Plusieurs espèces peuvent aussi mettre en commun leurs cris et gestes de houspillages pour faire fuir un prédateur. Je l'ai d'ailleurs moi-même observé à l'égard d'une Chouette rayée à la Réserve naturelle Gault. Ils étaient trois ou quatre espèces à vouloir la faire partir de son perchoir. Le houspillage s'accompagne généralement de picossage, mais il peut aussi être associé à des vomissements ou des lancés de fientes sur le prédateur pour l'éloigner. Dans le cas des vomissements, les mouettes utiliseraient cette méthode et certaines grives lanceraient des fientes. Toutefois, le houspillage est aussi un sport dangereux, des oiseaux téméraires l’ont payé de leur vie, mais selon des chercheurs il s’agit également d’un mode d'enseignement pour les plus jeunes afin qu'ils connaissent bien qui sont les menaces, les prédateurs.

Il y a aussi les imitateurs de chants et de cris. Pourquoi des oiseaux imitent-ils d'autres oiseaux? Est-ce par pure tromperie? Ce genre de «mensonge sonore», ou cette ruse requiert de l'esprit, de l’intelligence. On connaît à ce jour 139 espèces d'oiseaux imitateurs comme nos moqueurs. Les imitations peuvent être le fait de mâle pour impressionner les femelles afin d’être choisi. Un truc pour voler de la nourriture en imitant un cri d'alarme, l’oiseau visé laisse sa proie pour se sauver et l’imitateur la récupère sans trop d’effort. C’est un moyen de défense, en sifflant comme un serpent l’oiseau fait fuir la menace. Le Ménure superbe est certainement l’un des meilleurs oiseaux imitateurs. Il imite tout...(vidéo ci-dessous). L’imitation n'est pas machinale ou acquise, elle nécessite un apprentissage. Pourquoi les imitateurs imitent-ils certains oiseaux et pas d'autres? C'est bien possible que ce soit uniquement une question de capacité de l'oiseau à imiter des sons qui s’approche de son propre registre.

L'oiseau imitateur de bruits et sons en tout genre : le ménure superbe

Travailler

Les oiseaux savent rapidement quoi manger, où le trouver, comment le cacher et le retrouver. On sait que les oiseaux disposent d'une excellente vision notamment dans les UV, d'un bon odorat, pensons aux urubus, d'une ouïe extraordinaire comme chez les hiboux et les chouettes avec leurs oreilles asymétriques. Tous ces sens bien aiguisés leur permettent de s’alimenter plus facilement. Mais certaines espèces disposent de plus d’un truc dans leur sac. Certains vont épier leur voisin pour dénicher les bons endroits où trouver de la nourriture ou pour connaître leurs cachettes. Nous savons que des oiseaux utilisent un appât pour faciliter la chasse ou la pêche, plusieurs hérons le font. D’autres vont laisser tomber des palourdes, des noix, des os pour les briser afin d'être en mesure de les manger. Il y a les utilisateurs d’outils qui insèrent des brindilles pour attraper des fourmis, qui frappent une huître avec un objet pour la briser ou encore les rapaces qui suivent les feux de forêt parce que leurs proies fuient à découvert.

Ackerman nous raconte que les oiseaux fourmiliers vont utiliser les fourmis légionnaires comme rabatteurs. Elles qui font un tapis de neuf mètres de large en avançant à 4 mètres à l'heure pour débusquer des essaims d'insectes dont’ils s’alimenteront plus ou moins en coopération. Les humains ont fait la même chose avec un oiseau pour trouver des ruches de miel. Ils ont appris à communiquer avec cet oiseau pour en profiter. Il y a aussi les petits singes-écureuils qui sont espionnés par des oiseaux pour profiter de leur recherche de nourriture. Le martin-pêcheur surveille d'autres mangeurs de poissons pour subtiliser un lunch. Il peut aussi y avoir de la coopération lorsque les pélicans forment un demi-cercle autour d'un banc de poisson et que les goélands ou les fous en tirent profit. La Buse de Harris fait de la chasse familiale, jusqu'à six membres d’un groupe vont travailler ensemble pour attraper des proies plus grosses. Un couple de corbeaux va chasser ensemble, il y en a un qui fait diversion et l'autre attrape l’œuf ou le poussin au nid. Le Casse-noix d'Amérique est réputé pour être un des meilleurs pour cacher des réserves de nourriture et les retrouver bien entendu. Le colibri est en mesure de se rappeler et de retourner aux fleurs les plus productives de nectar.



Jouer

On dit que tous les animaux jouent et on associe facilement le jeu à l’apprentissage chez les jeunes. Qu’en est-il chez les oiseaux? Eh bien, ils jouent eux aussi. Un oiseau peut se jeter sur le côté et faire le mort. Plusieurs espèces aiment faire de la voltige comme chuter des airs comme un avion et ouvrir les ailes à la dernière minute. Le Grand corbeau est réputé être un grand joueur. Il peut jouer avec des brindilles, se baigner, se rouler dans la neige ou se laisser glisser. Les oiseaux inventent des jeux. Les chercheurs ne savent pas si ces jeux ont une fonction régénératrice pour le cerveau. Les Kéas, qui sont surnommés les clowns des montagnes, adorent le jeu. Ces oiseaux ont une jeunesse très longue jusqu'à 8 ans et dans leur cas le jeu est considéré comme un facilitateur social. Il leur permettrait également d'apprendre à innover en trouvant des solutions au défi quotidien de la vie en montagnes alpines. C'est cette section qui m'a semblé la plus faible du livre.

Aimer

L’ensemble des techniques de séduction, de parade nuptiales et de reproduction sont très diversifiées chez les oiseaux. Les façons de faire vont des plus douces aux plus brutales. La monogamie est plutôt un mythe chez les oiseaux qu’une réalité. Les parades nuptiales ou précopulatoires peuvent être sauvages, somptueuses ou extravagantes, la Grue à couronne rouge ne donne pas sa place comme parade nuptiale extraordinaire. Le Traquet rieur, en plus de chanter et de danser, va transporter des kilos de cailloux pour sa dulcinée. Le cacatoès joue de la batterie en maintenant un rythme avec une brindille. C’est un des domaines où les caméras ultras rapides ont permis aux observateurs d'en apprendre davantage sur les danses nuptiales des oiseaux comme pour celui dont on croyait qu'il ne faisait que sautiller alors qu’en fait, il faisait en même temps un tour sur lui-même. Rappelez-vous les Jardiniers maculés qui fabriquent des tonnelles décoratives qui prennent des jours à construire. Pendant que la femelle admire sa construction, il va en plus danser et chanter pour la séduire. Chez le Jardinier satiné, la clarté de sa nuque rose va aussi être remarquée par la femelle. L'usage de caméra ultraviolet nous permet de constater que les femelles voient des couleurs que nous ne voyons pas et qui peuvent servir à la séduire comme pour la nuque rose du Jardinier satiné. Par contre, pour le Manchot Adélie plus il a le cou grassouillet, plus la femelle va apprécier, il y aurait là un signe qu’il est bon pour apporter de la nourriture. Chez le Troglodyte des forêts plus son chant est fort et mélodieux c’est le même principe, il est probablement plus en santé que les autres…est-ce que le mâle qui donne le meilleur spectacle (danse, chant, construction, couleurs) est doté des meilleurs gènes? Il semble que pour la femelle c'est une bonne indication. Les chercheurs ornithologistes se demandent si la femelle choisit le plus «intelligent» en souhaitant que cela améliore les capacités cognitives de sa descendance. Par contre, d’autres estiment qu’il peut s’agir tout simplement d’une question «d'efficacité du signal». Les couleurs les plus vives, le chant le plus fort, la rapidité du chant, etc., tout cela rend le message plus saisissant pour les femelles. Pour elles, cela peut vouloir dire «lui il est prêt» et il a réussi à capter mon attention. On peut même penser que c’est uniquement pour l'esthétique, parce que c'est beau tout simplement. Darwin avait avancé la notion de «sélection sexuelle» qui fait en sorte que les oiseaux portant un très beau rouge, ou celui avec la plus grosse bosse sur le bec ou disposant des plus grandes plumes sont sélectionnés par les femelles même si ces attributs sont inutiles ou contraires à la «sélection naturelle» quitte à retarder l’évolution de l’espèce. Il semble y avoir encore une bonne part de mystère dans les comportements de séduction et de reproduction.

Élever les petits

Comme pour la séduction et la reproduction, la parentalité est en liberté, il en existe de toutes les sortes et formes. Ça commence avec la fabrication du nid, c’est-à-dire comment va-t-on le fabriquer, où on va l’implanter, qui va le faire... Les nids sont de toutes sortes, il y en a des gros comme un dé à coudre jusqu'au nid géant pesant plus d'une tonne. Il y en a de toutes les formes et qui sont constitués de tous les matériaux possibles. Nos connaissances sont encore limitées au sujet des nids, nous disposons de la description des nids pour environ 75% des espèces, cependant nous savons qui construit le nid uniquement pour 20 % des espèces. Est-ce la femelle seule, le mâle seul, les deux ensembles ou un groupe? On sait que la fabrication d'un nid est un apprentissage par l'observation et la pratique puisque les oiseaux élevés par l'humain n'arrivent pas à construire des nids appropriés. L'emplacement du nid année après année va aussi changer selon l'expérience, on recherche les meilleurs emplacements. C’est un moment qui pourra faire l’objet de confrontation ou de bataille. La défense du nid sera aussi un enjeu. Les oiseaux ont recours à diverses méthodes qui relèvent de la diversion ou carrément des attaques. La Pie australienne attaque, elle peut même vous blesser. Des centaines d'attaques sont répertoriées chaque année. Les soins parentaux effectués par les différentes espèces d’oiseaux sont aussi très diversifiés, ça va de la négligence totale jusqu’à l’élevage en communauté. Ainsi, les œufs peuvent être confiés à d'autres, ça peut être uniquement la femelle qui s'en charge, ça peut être le mâle, les deux ou une communauté. Toutefois, la biparentalité est le fait de 80% des espèces. Prenons les Éclectus, les femelles fréquentent plusieurs mâles généralement de 5 à 6 pour être alimentées en nourriture alors qu'elles demeurent toujours dans la cavité pour la protéger. Il semble que ce soit une question de rareté des cavités appropriées qui aurait induit ce comportement. D’autre part, on retrouve dans la littérature selon Ackermann, plusieurs récits d'oiseaux alimentant une autre espèce, le Merle bleu de l'Est qui nourrit des oisillons Troglodytes familiers par exemple. Pourquoi ce comportement étrange? Il y a bien quelques hypothèses, mais la plus probable est que l'appel des jeunes affamés ne peut être ignoré notamment par les femelles.

Il y a aussi une centaine d'espèces qui sont des parasites de couvées obligatoires c'est-à-dire qu’ils dépendent de cette pratique pour leur propre reproduction. Nous connaissons bien le Vacher à tête brune avec sa méthode de parasitage. Le Vacher aurait malheureusement contribué à la quasi-disparition du Viréo de Bell et de la Paruline de Kirtland. Pour contrer le parasitage, la Paruline jaune aura tendance à nicher à proximité des Carouges à épaulettes parce qu'ils sont agressifs à l’égard des Vachers à tête brune. Certaines espèces sont en mesure de reconnaître leurs œufs, notamment en produisant des designs spécifiques à la surface de l’œuf. Par contre, le rejet d’un œuf peut entraîner la destruction de tous les œufs par la femelle parasitaire. Il semble que certaines espèces vont accepter l’intrus pour éviter d’avoir à recommencer le travail. Encore là, le «parasitage» ne se déroule pas toujours de la même façon d’une espèce à l’autre.

Il a été question de communauté, eh bien, les Grands anis vont œuvrer en groupe de 2 à 4 couples monogames plus deux assistants non reproducteurs. Le groupe va construire un nid partagé dans lequel les femelles vont pondre leurs œufs. Ils vont ensuite élever la couvée ensemble. Le groupe ainsi formé peut demeurer solidaire jusqu'à 10 ans. Chez le Pic glandivore, on retrouve un processus du même genre, mais cette fois-ci il y aura sept membres apparentées et trois femelles apparentées et un grand nombre d'assistants. Les femelles vont aussi pondre dans le même nid.

Pour terminer le livre, Ackerman nous fait une brève dissertation sur la destruction des habitats, la disparition des oiseaux, la nécessité de faire de la conservation et de la recherche pour les sauver. Elle souligne également la grande capacité d’adaptation des oiseaux. Puis dans un élan de prospective, elle discute avec un chercheur qui souligne qu'avec leur grande intelligence les corvidés pourraient devenir les prochains dominants sur la planète une fois la disparition de la race humaine.


jeudi 29 juin 2023

Migrations - Pourquoi et comment migrent les oiseaux de Marc Duquet

 

L'ouvrage «Migrations - Pourquoi et comment migrent les oiseaux» (2021) de Marc Duquet fait certainement partie de la catégorie des beaux livres.  Nous sommes en présence d’une couverture rigide en format carré de 10” par 10” avec plusieurs excellentes photos en double page. En fait, il y a des photos d'oiseaux à presque toutes les pages, soit plus de 200 photos.  Chacune de ces photos dispose d’une légende explicative des plus pertinentes en rapport avec la présentation de l’auteur.  On y retrouve également une vingtaine de cartes visant à illustrer les différents parcours migratoires d'Amérique, d'Europe et d'Asie. Voilà pour ce qui est du contenant.

L’ensemble du texte contenu dans le livre se divise en deux sections comportant onze chapitres chacune. La première section intitulée «Le phénomène migratoire» débute avec un peu d'histoire. L'auteur nous rappelle les croyances des premiers observateurs d'oiseaux, à l’époque on cherchait à comprendre où disparaissait les oiseaux l'hiver. Ainsi on croyait entre autres que les hirondelles se cachaient dans la boue des étangs. On pensait que certains oiseaux entraient dans une sorte d'hibernation ou de léthargie. On allait jusqu'à penser que certaines espèces se transformaient en une autre l'hiver venu. Puis avec des observations, il était plus ou moins admis que certaines espèces se déplaçaient vers des cieux plus cléments. 

Fait intéressant, pour certaines personnes, les migrations aidaient à gérer les activités de saison en saison, comme une sorte de calendrier saisonnier. Le temps de semer arrivait lors du passage de la Grue, c’était le moment de tondre les brebis lors du passage des Milans. C'est vers la fin du 16e siècle que les «ornithologues» ont davantage mis l'accent sur les déplacements migratoires plutôt que sur l'hibernation. En voyageant eux-mêmes, il constatait la présence des oiseaux dans les pays plus chauds (les explorateurs ont également pu les informer). Puis on commence à colliger les dates d'arrivée et de départ des oiseaux et on les compare avec les informations sur la température. Le 19e siècle verra la théorie de l'hibernation au fond de l'étang s'éteindre tranquillement.

L'étude des migrations est passée des observations visuelles des déplacements à l'utilisation de ficelles de coton ou d'aluminium à la patte au baguage au début du 20e siècle. Les stations de baguages se multiplient, les bagues de couleur, les colliers en plastique et autres marquages individuels apparaissent graduellement. Au début des années 70, les émetteurs radio commencent à être utilisés, ces géolocalisateurs se miniaturisent rapidement et peuvent être utilisés sur des oiseaux de plus en plus petits.

Les grand axes migratoires
On déterminera graduellement les aires de nidifications au nord et les zones d'hivernages au sud. Ces déplacements impliquent deux voyages saisonniers par année pour les oiseaux. On compte huit grandes routes migratoires dans le monde, dont trois, en Amérique. Il y a celle du Pacifique (à l'Ouest), celle du Mississippi (au centre) et celle de l'Atlantique Ouest (à l'Est). On apprend que la migration évolue en fonction du climat global, de l’état des habitats et des succès de la reproduction. Cette évolution sera différente d'une espèce à l'autre, on verra par exemple des espèces devenir migratrices et sédentaires à la fois, comme le Roselin familier et les Étourneaux sansonnets. D'autres espèces deviennent sédentaires comme la Cigogne blanche et l'Hirondelle rustique en Europe.

Les 3 axes en Amérique

Les trajets migratoires aussi se modifient au gré des obstacles et des dangers qui sont nombreux. Il y a bien sûr les obstacles naturels tels que les montagnes, les déserts, les grandes étendues d’eau. Il leur faudra trouver des vallées, des cols, des détroits, des isthmes, ces bandes de terre étroites, etc. Des éléments naturels qui créent des «passages obligés» tels des goulots d'étranglement qui voit passer des milliers d'oiseaux. Gibraltar en étant un bel exemple puisqu'il voit passer plus de 200 000 Milans noirs chaque année. En Amérique, la région de Veracruz va voir passer plus de 5 millions de rapaces à l'automne. Panama est un autre passage dans cet axe. La Floride est aussi un passage obligé pour d'autres espèces qui fréquentent plus la côte est.

Les oiseaux, en plus de rencontrer différents obstacles plus ou moins naturels, font aussi face à de nombreux dangers comme la destruction de leurs habitants, les maladies aviaires, les prédateurs comme les rapaces et les chats domestiques, les changements climatiques qui accentuent les phénomènes naturels (ouragans, feux, sécheresse, etc.), la chasse récréative, le piégeage, le «marché des oiseaux» et tout ce que l'auteur qualifie de «structures verticales» soient l’ensemble de nos constructions qui nuisent aux oiseaux; les pylônes électriques, les éoliennes, les gratte-ciel, les tours de communication, etc.


Dans le Grand Nord, la période propice à la reproduction ne dure que quelques semaines ainsi dès le mois d'août, plusieurs espèces débutent le voyage du retour ou sont déjà parties. C’est à ce moment que les haltes migratoires vont devenir importantes parce que les oiseaux sont peu nombreux à faire le trajet d'une seule traite. Le recours aux haltes pourra se faire sur de courte distance, de moyenne ou encore de très longue. On apprend toutefois qu’au sein d'une même espèce, il peut y avoir des stratégies différentes de fréquentation des haltes migratoires en cours de route. Les oiseaux vont privilégier la recherche de zone où l'eau, la nourriture et les abris seront disponibles. Il s’agit généralement de zones humides qui sont déjà répertoriées par les ornithologues. Au fil des ans, certains endroits disparaissent ou ne sont plus fréquentés alors que de nouveau sont découverts.

Les haltes migratoires

La deuxième section du livre, intitulée «Stratégies migratoires», nous présente différentes caractéristiques associées aux façons de faire des différentes espèces d'oiseaux. Tout d'abord, les oiseaux doivent d’abord procéder à une accumulation de graisse qui représente de façon générale 50% de leur poids. Par la suite, ils doivent choisir le bon moment pour quitter afin de ne pas se faire prendre par la température changeante. À cet égard, la photopériode est le déclencheur généralement reconnu, c'est-à-dire la longueur du jour.  Puis, certaines espèces vont choisir la migration par vague par exemple les mâles en premier, les femelles par la suite puis les juvéniles, d'autres espèces vont le faire dans l'ordre inverse. Le calendrier migratoire de chaque espèce peut être différent et est associé entre autres à la biologie de reproduction (choix du partenaire, construction du nid, temps de couvaison, temps d'élevage des petits pour le premier vol). 

Une fois le voyage entrepris, il faut savoir s'orienter. Il y a différentes méthodes de navigation chez les oiseaux que l’auteur nous présente comme la «boussole céleste» c'est-à-dire l'usage du soleil, de la lune et des étoiles puis la «boussole magnétique» associée au champ magnétique terrestre. Cette dernière méthode serait innée alors que la boussole céleste nécessite un apprentissage tout comme la mémoire visuelle lors du premier voyage qui permettra la création d'une carte mentale. Cette carte, avec les années d’expérience, permet également d'apprendre des trajets alternatifs. D'ailleurs, des chercheurs ont réussi à apprendre un trajet plus sécuritaire à des oies en utilisant un deltaplane motorisé, une expérience bien connue.

Un autre aspect important des stratégies de vol, c'est le vent. Les oiseaux préfèrent un vent en provenance de l'arrière. D'autre part, on verra plus souvent les passereaux migrer la nuit parce que les vents sont généralement en moins forts et moins dangereux. D’autres espèces vont préférer le jour notamment pour se nourrir en déplacement. On apprend aussi que les oiseaux voleront plus ou moins haut selon le vent, les nuages et la température. Bien évidemment, les oiseaux planeurs vont faire des choix différents que ceux qui battent des ailes régulièrement  pour se déplacer. On admet généralement que la vitesse de croisière moyenne des oiseaux est de 40 à 50 km/h. Par contre, le Bécasseau maubèche est réputé atteindre une vitesse moyenne de 70 km/h.  Des espèces vont choisir de voyager seules alors que d’autres le feront en groupe. Nous savons que migrer en groupe est plus sécuritaire et permet d'économiser de l'énergie.

Outre les tendances générales des grands axes migratoires, on verra des oiseaux faire des trajets plus ou moins longs, on aura aussi des «migrateurs partiels» qui ne se déplacent que sur de courte distance. Il y aura aussi des oiseaux nomades qui se déplacent selon les conditions météorologiques. Duquet nous fait part de différents types de migrations établies, il nous parle de la migration en chaîne, de la migration à saute-mouton, de la migration en boucle, de la migration télescopique, de la migration différentielle en fonction du sexe de l'âge et il ajoute même la migration rampante c'est-à-dire des espèces d'oiseaux qui vont franchir tout de même une bonne distance au sol en marchant ou en faisant de très courte distance d'un bosquet à un autre.

Types de migration

L'auteur nous fait également par d’autres déplacements comme ce qu'il appelle la migration de mue. Il donne en exemple le Tadorne de melon qui est reconnu pour se regrouper pour la mue. En Amérique, il note le Grèbe à cou noir qui se regroupe au lac Mono en Californie. Il est aussi question de la migration de fuite, il s’agit des situations ou les oiseaux vont «fuire» le froid, les tempêtes ou autre. Ce sont ces situations qui souvent font en sorte que certaines espèces apparaissent alors en nombre inhabituel dans des lieux habituellement moins fréquentés. Il ajoute également à ces déplacements atypiques ce que nous connaissons comme étant des irruptions ou des invasions, c’est-à-dire des apparitions d'oiseaux pas vraiment structurées  chronologiquement ou géographiquement, généralement non prévisibles et qui sont surtout le fait des granivores par exemple les Jaseurs, les Tarins des pins, les Sizerins flammés, etc. Par contre, on connaît des situations ou les invasions sont liées à la présence plus ou moins nombreuse des proies comme dans le cas du Harfang des neiges et celles-ci sont un peu plus prévisibles. Finalement, il y a aussi les erreurs de parcours de certains oiseaux qui vont dépasser leur aire de nidification sous l'effet d'un bon vent arrière et les chutes de migrateurs souvent dus à la météo, la migration inversée de jeunes oiseaux, etc.  Il termine le livre avec des portraits de grands migrateurs comme la Sterne arctique avec ses records de 80 000 km puis nous présente quelques autres espèces qui franchissent aussi des dizaines de milliers de kilomètres de façon originale chaque année.

En somme, je ne pense que du bien de ce livre. L’auteur a su trouver le ton juste pour ne pas être trop académique tout en nous livrant une mine d’information. C’est le signe d’un bon vulgarisateur. Ses commentaires sont bien documentés, le phénomène migratoire est bien décortiqué, de nombreux exemples nous sont présentés. Ainsi, l'auteur nous explique une caractéristique de la migration puis nous présente une espèce d'oiseau qui y correspond avec photos et cartes à l’appui.

C'est bien écrit, c’est accessible et on s'emballe en le lisant tellement c'est fascinant. Il est difficile de s'arrêter, on s'étonne de tous ces mouvements des oiseaux.  Cet ouvrage est excellent autant pour les débutants qui vont en apprendre beaucoup que pour les experts pour qui il s'agira probablement d'une révision ou d'une mise à jour, mais probablement avec un nouveau vocabulaire francophone. Je vous le recommande ardemment malgré son prix de 60$. Vous pouvez inviter votre bibliothèque locale à se le procurer.

L'auteur Marc Duquet a rédigé plus d'une dizaine d'ouvrages ornithologiques, seuls ou en collaboration et il en a traduit également quelques-uns de l'anglais au français. Duquet mentionne que cet ouvrage s'inscrit en quelque sorte dans une suite. En fait, il considère que les éléments qui caractérisent le plus les oiseaux sont le vol, leurs comportements de reproduction et leur migration saisonnière ainsi cet ouvrage viendrait compléter ses livres «Des plumes et des ailes» portant sur le vol et «Sexe et séduction chez les oiseaux» concernant la reproduction.