Benjamin Allegrini se présente comme un naturaliste et son essai de vulgarisation scientifique «L'ADN fantôme : quand l'invisible laisse des traces» (2025) m’a introduit à un volet de la biologie moléculaire que je ne connaissais pas, l'ADN environnemental (ADNe). Cette mise en évidence des capacités scientifiques de l'ADN environnemental nous révèle une dimension insoupçonnée de la biodiversité de notre planète. Il s’avère que l’ADNe, composé d’infiniment petits fragments génétiques, est un témoin du passage des espèces.
Allegrini entremêle le récit de ses propres observations terrain dans le cadre de recherches spécifiques auxquelles il a participé avec d’autres recherches de ses collègues. Il y glisse également la description des nouvelles techniques et méthodes associées à l’utilisation de l'ADNe. Ce qui lui permet de nous brosser un tableau complet de tout ce que permet aujourd’hui l'ADNe.Il débute justement son ouvrage par un volet que je connaissais de l’utilisation de l’ADN, à savoir préciser les distinctions entre les espèces en matière de Taxinomie, la branche des sciences naturelles qui s'occupe de nommer, décrire et classer les organismes vivants. Ainsi, les tests d’ADN «classique» permettent de distinguer, voir de départager, deux espèces qui se ressemble, mais qui n’ont pas la même origine. Il pourrait s’agir de deux espèces différentes, ou de sous-espèces.
L'ADN environnemental (ADNe) se nomme ainsi justement parce que les traces d’ADN n’auront pas été prélevées directement sur l’être vivant (mammifères, poissons, plantes, etc.), mais dans l’environnement, dans l’écosystème des espèces qui y sont présentes. C’est là qu’Allegrini nous présente les différentes possibilités en nous racontant de véritables recherches ayant eu lieu dont les résultats sont connus et d’autres où les données sont encore en cours d’exploitation. Il est donc question d’ADNe prélevé dans des sédiments, dans l’eau (85% de l’ADN identifié dans un échantillon d’eau de mer nous est encore inconnu…), dans les excréments (plus facile à trouver que l’animal lui-même et l’ADNe vous renseigne sur son régime alimentaire…), dans les toiles d’araignées (l’ADN de plusieurs espèces d’êtres vivants peut être retrouvé dans ce qui a adhéré à la toile…), sur les plantes (on y a découvert des pollinisateurs que l’on ne soupçonnait pas comme des mouches et des papillons de nuit…), dans la neige (oui, l’ADNe récolté dans une simple trace permet de confirmer la présence d’un animal…), etc.
Une des recherches, dont il nous fait état, concerne le prélèvement d’échantillon sur toute la longueur du fleuve Moroni (612 km) en Guyane française. Eh bien, l’analyse des échantillons d’ADNe a notamment permis de retracer 60% des mammifères connus de cette région. Une autre étude réalisée sur le fleuve Mékong a permis de mieux connaître l’habitat et les lieux de reproduction du Poisson chat géant, une espèce menacée. Il appert que l'ADNe serait 30 à 60% moins coûteux que les méthodes traditionnelles de relevés biologiques et permettrait de détecter 2 à 10 fois plus d'espèces, particulièrement celles qui sont rares. Par contre, cette méthode d’inventaire ne permet pas une mesure fiable de l’abondance.
Allegrini va encore plus loin en nous révélant un autre aspect du potentiel de l’ADNe soit son introduction dans la paléontologie. Au Groenland, une quarantaine d’échantillons de sédiment prélevés sur cinq sites différents a permis de retrouver des traces d’ADN vieilles de 2 millions d’années. Il a été possible de préciser que le Mastodonte (plus trapu que le Mammouth) vivait en Amérique du Nord il y a plus de 10 000 ans.
Il termine en rappelant que la technologie doit être accompagnée d’une connaissance intime du terrain, car les résultats ne parlent pas d’eux-mêmes. Cette exploration fascinante de l'ADN environnemental change notre rapport à la biodiversité en nous révélant une dimension cachée du monde vivant et du monde disparu... Il s’agit vraiment d’un ouvrage qui force le lecteur à s’interroger sur les capacités de nos nouvelles technologies scientifiques.

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